Assaut de Saint-Denis : trois ans après, les copropriétaires de l’immeuble sur le palier

le 21 novembre 2018

Une vingtaine de propriétaires de l’immeuble du 48 rue de la République, visé par l’assaut antiterroriste du 18 novembre 2015, à Saint-Denis, se sont rassemblés ce lundi pour tenter d’y entrer. La mairie leur a refusé l’accès. Ils dénoncent une « spoliation » de leurs biens.

Assaut de Saint-Denis : trois ans après, les copropriétaires de l'immeuble sur le palier

Devant l’immeuble du 48 rue de la République à Saint-Denis © Radio France – Rémi Brancato

Ils voulaient accéder à leurs propres appartements mais leur immeuble est resté condamné. Les copropriétaires de l’immeuble du 48 rue de la République à Saint-Denis se sont rassemblés ce lundi matin devant le bâtiment, 3 ans après le 18 novembre 2015, jour où les forces de police, ont lancé l’assaut contre les terroristes du 13 novembre qui s’y étaient réfugiés. Une vingtaine de propriétaires étaient venus réclamer un accès à leurs effets personnels mais la ville a pris un arrêté de péril qui condamné l’accès à l’immeuble.

Impossible de récupérer « des documents »

Ces propriétaires se disent « méprisés » par la ville. « C’est comme si on voulait faire un deuil » dit Fazia, qui n’a pas pu conclure son divorce, faute d’avoir pu aller au bout de la vente de son appartement, déclenchée avant l’assaut. « Nous n’avons jamais pu rentrer dans nos locaux pour récupérer des documents comptables qui sont dans nos bureaux » dénonce Rabah, dont la famille est propriétaire de commerces en rez-de-chaussée.

Il explique dialoguer avec le ministère de la Justice, pour une éventuelle indemnisation. Deux propriétaires du bâtiment C, visé par l’assaut, ont perçu une indemnisation de la Chancellerie, nous indique son porte-parole ce lundi, sans en préciser le montant. Des discussions sont en cours avec les neuf autres propriétaires de ce bâtiment.

La ville dit proposer de prendre rendez-vous

La ville explique avoir déjà laisser plusieurs propriétaires occupants accéder à leurs appartements et propose d’ailleurs de prendre rendez-vous pour faire intervenir des déménageurs afin de récupérer des biens personnels. Pas question en revanche de laisser entrer les propriétaires qui louaient leurs biens, sans l’accord de leurs locataires, explique-t-elle.

« On a pu y entrer 10 minutes le 26 novembre 2015 pour récupérer uniquement des papiers » raconte Sabrina*. « Quand  c’est dans le noir et que vous êtes déjà choqués par l’état dans lequel vous trouvez votre appartement, si vous arrivez déjà à retrouver quelques papiers, c’est bien » explique celle qui souhaiterait y entrer à nouveau pour « faire le deuil de cet appartement [et] récupérer des papiers administratifs et des effets personnels« .

La porte de l’hôtel de ville reste, elle aussi, close

Faute de pouvoir entrer dans leur immeuble, les propriétaires se sont rendus en mairie, où la porte d’entrée avaient été fermé. « Spoliation – mépris » peut-on lire sur la banderole qu’ils accrochent sur la grille de l’hôtel de ville. Après une demi heure environ, deux membres du cabinet du maire sont finalement descendus pour un dialogue compliqué, remettant un courrier en réponse à l’avocat du syndic de copropriété. Il est invité à « communiquer la liste des occupants dont les affaires demeurent toujours dans les bâtiments afin de bien localiser leurs logements et étudier les possibilités d’accès en toute sécurité« .

L’immeuble sans doute bientôt détruit et reconstruit

La ville indique aussi avoir obtenu le classement de l’immeuble au Programme National de Requalification des Quartiers Anciens Dégradés (PNRQAD). « Le coût d’une réhabilitation serait hors de propos : nous allons plutôt vraisemblablement vers une opération de démolition reconstruction avec par exemple de l’accession sociale à la propriété sur cet immeuble » détaille David Proult, adjoint à l’urbanisme.

Un « opportunisme total » dénonce Sabrina. « Dès le début on savait qu’ils voulaient récupérer toutes les copropriétés mais d’avoir fait ça quand ont était à terre, c’est obscène » ajoute-t-elle, espérant malgré tout pouvoir vendre son appartement à la ville. Certains ont déjà été rachetés et la mairie devra poursuivre les acquisitions. Pour voir construire un nouvel immeuble sur ce site, il faudra attendre « deux à trois ans« , selon David Proult.

Hasard du calendrier, le procès en appel de Jawad Bendaoud, jugé pour avoir hébergé les terroristes du 13 novembre s’ouvrira mercredi à Paris. Il avait été relaxé en première instance. Certains propriétaires se sont à nouveau constitués partie civile pour cet appel.

* prénom d’emprunt

Source : France Bleu

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