Boulogne-Billancourt : un promoteur réclame 15 M€ aux voisins

le 15 février 2019

Un promoteur immobilier a assigné quatre particuliers et un syndic de copropriété qui avaient déposé des recours contre un projet de construction d’une résidence étudiante.

Boulogne-Billancourt : un promoteur réclame 15 M€ aux voisins

Boulogne-Billancourt, jeudi 14 février 2019. La résidence étudiante de 182 logements est construite en cœur d’îlot, sur un terrain entouré d’autres logements. LP/Marjorie Lenhardt

Douloureux retour de bâton pour des habitants du Point de Sèvres, à Boulogne-Billancourt, qui s’étaient fermement opposés à un projet de construction d’une résidence étudiante. Le promoteur immobilier leur réclame aujourd’hui… 15 millions d’euros de dommages et intérêts.

Un promoteur immobilier a assigné quatre particuliers et un syndic de copropriété qui avaient déposé des recours contre un projet de construction d’une résidence étudiante.

Douloureux retour de bâton pour des habitants du Point de Sèvres, à Boulogne-Billancourt, qui s’étaient fermement opposés à un projet de construction d’une résidence étudiante. Le promoteur immobilier leur réclame aujourd’hui… 15 millions d’euros de dommages et intérêts.

Le projet était donc conforme au PLU de 2004, davantage orienté vers une logique de densification. Il autorisait la construction de bâtiments dans les cœurs d’îlot à la hauteur des immeubles donnant sur la rue. L’immeuble donnant sur rue étant de huit étages, le promoteur pouvait très bien construire une résidence de six étages.

Mais après négociations facilitées par la municipalité, le promoteur a consenti à baisser la résidence d’un étage. Finalement, le permis de construire modificatif prévoit aujourd’hui 182 studios (contre 200 initialement) et 151 places de parking.

Des voisins ont persisté à s’opposer. Un recours est d’ailleurs toujours en cours. Mais une fois la décision du tribunal connue, le promoteur a repris le chantier. Contacté, celui-ci n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Depuis, les règles ont changé

Mais dans son assignation, il justifie le montant de 15 M€ par les pertes de loyers de la résidence, des parkings mais aussi des bureaux qui ont été réhabilités dans le cadre de ce même projet mais dans un bâtiment adjacent donnant sur la rue. Il compte aussi la fiscalité non récupérée de ce foncier en « déliquescence » et « payée en pure perte depuis trois ans ». Pour lui, les propriétaires qui ont entamé les différents recours ont montré une « volonté de nuire » ne reposant pas sur des règles d’urbanisme.

Des règles qui depuis ont toutefois changé… En effet, dans le PLU 2018, il n’est plus possible de construire des bâtiments de plus de trois étages dans les cœurs d’îlot. « C’est ce dossier-là qui nous a fait dire qu’il fallait réglementer les cœurs d’îlot », reconnaît l’adjoint à l’urbanisme. Ce nouveau PLU a également intégré de nouveaux cœurs d’îlot arborés dans sa liste d’espaces verts intérieurs protégés.

« C’EST NOUS QUI DEVRIONS AVOIR L’ARGENT ! »

Bruno Martin Partrat n’en revient toujours pas. Il est l’un des propriétaires qui se retrouve aujourd’hui assigné par le promoteur devant le tribunal de Nanterre pour recours abusifs.

« Au départ, on se dit que ce n’est pas possible, ce projet ne peut pas se faire et au bout de trois ans, on arrive à une assignation à 15 M€ ! Je n’arrive toujours pas à imaginer que cette situation est réelle, souffle cet entrepreneur. C’est un cauchemar ».

Le père de famille est installé dans une coquette maison, calme et verdoyante, depuis 1998. L’ombre de la résidence étudiante de cinq étages, qu’il a voulu éloigner, va bientôt planer au-dessus de sa tête. Les travaux avancent, le parking a été percé et les fondations sont en cours de construction. Un chantier qui colle au mur mitoyen de son pavillon.

« Ça génère beaucoup de stress »

Mais ce ne sont même plus les nuisances du chantier ou le projet en soi qui l’inquiètent aujourd’hui. « Pour l’instant, ce qui est insupportable, c’est cette épée de Damoclès de 15 M€ au-dessus de notre tête. Ça génère beaucoup de problèmes d’ordre psychologique, beaucoup de stress, notamment pour tous ceux qui ont été assignés. Moi je dors mal, j’ai vu un médecin… »

Les propriétaires ne s’attendaient pas à une telle somme. « Mais même s’il demandait 100 000 ou 10 000 € ! C’est nous qui devrions avoir de l’argent ! », peste Bruno.

L’été dernier, le promoteur leur avait envoyé un premier courrier, réclamant 3 M€ pour régler leur différend à l’amiable. Sur conseils de leurs avocats, ils n’ont pas répondu. Les tentatives de règlement à l’amiable ont manifestement échoué depuis le début. « On sentait qu’il voulait simplement gagner du temps en nous proposant un ravalement de façade ou de racheter des appartements à la condition qu’on retire nos recours », assure Bruno Martin Partrat.

Source : Le Parisien

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