Cette copropriété ne veut pas être la victime des travaux du Grand Paris

le 20 décembre 2017

À Boulogne-Billancourt, une association de copropriétaires s’inquiète des risques de déséquilibres de leur immeuble et de pollution que pourrait causer la construction à proximité d’une gare du Grand Paris Express.

Cette copropriété ne veut pas être la victime des travaux du Grand Paris

«Nous allons être expropriés de notre cadre de vie». Une association de copropriétaires, habitant la résidence du Trident, copropriété de 220 appartements située à Boulogne-Billancourt (92), est vent debout contre la Société du Grand Paris (SGP). Les relations entre les deux parties sont «conflictuelles» aux dires des copropriétaires. «Les acteurs de ce projet dialoguent mais entre eux, ironise Jean-Pierre Bizouard, un copropriétaire. C’est comme pour Notre-Dame-des-Landes, ils ont juste oublié de consulter les habitants». «Tout projet situé à proximité de leur immeuble leur pose problème, rétorque Isabelle Rivière, directrice des relations territoriales à la SGP. Ils refusent que leur environnement évolue».

Pour manifester leur colère, les copropriétaires ont déployé, ces deux derniers mois, une dizaine de banderoles (voir nos photos ci-dessous). «Nous avons dû les retirer pour les besoins du référé préventif (procédure permettant de constater l’état des immeubles voisins avant le début d’un chantier, NDLR) que nous impose la SGP, explique David Alloyeau, président de l’Association pour le cadre de vie des riverains du Pont-de-Sèvres. Nous les remettrons dès que les travaux débuteront».

La raison de ce conflit? Une gare. Plus précisément celle de la ligne 15 sud du Grand Paris Express qui verra le jour en 2022. «Nous avons appris ce projet par hasard, lors d’une réunion du conseil syndical», affirme Françoise Julien, une copropriétaire. Le métro automatique, qui accueillera 95.000 voyageurs par jour, reliera le Pont-de-Sèvres à Orly en 24 minutes (contre 1h03 aujourd’hui) et La Défense en 13 minutes (contre 30 minutes aujourd’hui). Problème: la gare se situera sous le quai Georges-Gorse, à quelques mètres du Trident. «Nous ne sommes pas opposés à ce projet, affirme David Alloyeau. Mais nous aurions souhaité qu’elle soit construite un peu plus loin sur le quai».

Sa proximité avec l’immeuble effraie les habitants qui redoutent des déséquilibres et des risques de pollution au moment du creusement de la station. Le bâtiment repose en effet sur des pieux descendant jusqu’à 12,5 mètres, selon le rapport du géotechnicien de l’association. La gare, quant à elle, sera enfouie à 28 mètres de profondeur. «Alors qu’on disposait de terrains nettement moins pollués, situés à bonne distance des habitations, on a choisi un site particulièrement pollué pour remuer quelque 136.000 m3 de terrain, au milieu de logements, de bureaux et de crèches», déplore Jean Quilbe, copropriétaire du Trident depuis la livraison de l’immeuble en 1980.

La SGP reconnaît que certains sols situés à proximité de la future gare sont sans doute pollués mais assure que les travaux n’auront aucun impact sur la population. «Nous mettrons en œuvre les techniques constructives adaptées pour prévenir toute diffusion de la pollution. Nous n’allons tout de même pas mettre en danger nos ouvriers qui seront les premiers exposés. Nous avons pris toutes les précautions possibles pour assurer la protection des habitants mais aussi des 16.000 salariés qui travaillent à proximité. Les copropriétaires ont à leur disposition le dossier d’enquête publique qui présente le projet de manière détaillée et s’appuie sur plusieurs études d’impact. C’est un projet à zéro risque», assure Isabelle Rivière.

Depuis plusieurs jours, les habitants assistent au commencement des travaux préparatoires, et notamment le confort des berges pour «faire place nette» avant l’arrivée des tunneliers, «la machine la plus sûre» selon la SGP. Au début de l’année prochaine, la Société du Grand Paris déposera un permis de construire avant d’entamer d’ici la fin de l’année prochaine les travaux de creusement de la station. À cette occasion, une portion de la route départementale (RD1), entre l’échangeur du Pont-de-Sèvres et le pont Renault, sera fermée. «On n’aura plus de voitures mais des camions et des grues à la place», peste Jean Quilbe. Débuteront alors les travaux de génie civil. Réponse de la SGP: «Pour limiter au maximum les nuisances, nous avons demandé à Bouygues, qui est en charge des travaux, d’utiliser les matériels les moins bruyants comme des marteaux-piqueurs hydrauliques ou électriques plutôt que pneumatiques, déclare Isabelle Rivière. L’évacuation des déblais se fera par voie fluviale et non par camions».

Autant de précautions qui ne semblent pas plus convaincre que cela l’association de copropriétaires. «Dès que le permis de construire sera déposé, nous mènerons une action en justice. Nous disposons des fonds nécessaires», répond le président de l’association. Le bras de fer entre les deux parties est loin d’être terminé. S’ils n’obtiennent pas gain de cause, les copropriétaires envisagent de se servir de la Seine musicale sur l’Ile Séguin pour faire passer leurs messages. «Ils ne s’arrêteront jamais, affirme Isabelle Rivière. Parce qu’en réalité, ils ne veulent pas de cette gare. Ils veulent des indemnités. Il s’agit d’un équipement public d’intérêt national et non pas régional.»

Source : Le Figaro Immobilier

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