Currently set to No Index
Currently set to No Follow

Changement climatique : comment villes et villages du Nord – Pas-de-Calais pourront faire face

le 5 août 2019

Les épisodes météorologiques extrêmes mettent à l’épreuve nos habitats et au delà nos espaces publics. La crise climatique nous oblige à remettre en question notre façon de penser l’espace urbain. Après l’état des lieux (nos éditions précédentes), la prospective. Quels changements préconiser dans nos villes et villages ? Entretien avec Geoffrey Galand, architecte urbaniste, créateur de la licence d’urbanisme à l’Université de Lille.

Changement climatique : comment villes et villages du Nord - Pas-de-Calais pourront faire face

geralt / Pixabay

Nos villes sont-elles aujourd’hui bien adaptées au changement climatique ?

« On peut partir du constat qu’aujourd’hui, dans une région comme la nôtre, nos villes ont un avantage au départ, c’est qu’elles jouent assez bien, en tout cas dans les cœurs de ville, la concentration et la mixité des services : on y trouve des bureaux, des commerces, des logements, des écoles, des lieux de culture… Cette mixité et cette concentration sont un atout essentiel pour résister à la crise climatique, car tout est à disposition, ou presque, sans besoin systématiquement de prendre sa voiture. »

Les villes sont encore largement pensées pour les voitures…

« La question est centrale. On est encore dans le « tout voiture » et on ne pourra pas réduire la voiture et organiser la nécessaire mutation de nos villes sans vraie alternative à cette dernière. Le problème c’est qu’encore récemment on développe des polarités fonctionnelles dans les villes qui nous obligent à prendre notre voiture : c’est le quartier Euratechnologies à Lille, des pôles commerciaux ou cinématographiques en périphérie des grandes villes. On pourrait aussi prendre l’exemple du parc Mosaïc dans la métropole lilloise, c’est très sympa mais tous les gens s’y rendent en voiture car il n’y a pas de vraie alternative en transport en commun. »

Et pourquoi cela prend-il autant de temps ?

« Il faut que les politiques comprennent que davantage de transports en commun, c’est moins de voitures, c’est plus d’espaces libérés en ville, de l’espace qui peut être consacré à des projets renforçant la biodiversité. Malheureusement, dès qu’on propose aujourd’hui de construire un immeuble en ville avec moins de stationnement à la clé, c’est la levée de boucliers. Les gens occupant des maisons 1930 doivent aussi comprendre que deux voitures garées dans la rue pour leur seul logement, c’est trop. Sans volonté politique forte d’alternative sur les mobilités, c’est perdu d’avance. »

Pour lutter contre le réchauffement, la biodiversité urbaine a son rôle…

« Le reverdissement de nos villes, l’organisation d’une vraie biodiversité urbaine est un passage obligé pour lutter contre les îlots de chaleur, la pollution, le réchauffement climatique. On peut toujours installer des murs végétalisés – encore que certains, non grimpants et embarqués sont trop gourmands en eau –mais il faut de vrais espaces naturels de respiration. Pour cela il faut gagner du foncier. La pression immobilière est telle que l’équilibre est complexe à trouver entre la nécessaire densité de l’habitat et le désir de nature. On peut gagner de la place en mutualisant l’offre de services : chaque ville n’est pas obligée d’avoir sa piscine, sa salle de spectacle, etc… »

Les zones pavillonnaires en périphérie sont menacées ?

« L’avenir est urbain, dans des métropoles qui vont aller se densifiant. Il peut aussi s’imaginer assez bien à l’échelle du village (lire ci-dessous). Ce qui est certain, c’est que le modèle des cités dortoirs pavillonnaires en périphérie aura du mal à tenir. Sauf à y augmenter la densité urbaine en redivisant les parcelles pour construire sur place, ces espaces sont nos futures friches urbaines, tout comme un certain nombre de centres commerciaux situés aussi en périphérie. »

Pour toute question sur l’évolution de nos habitats et la rénovation des logements, contacter l’Ademe  ; le gouvernement a mis en place un numéro vert : le 0808 800 700 et un site.

Le village, modèle d’avenir?

« Le village répond à un double désir, celui d’être au contact de la nature et d’appartenir aussi à une communauté. Le modèle du village peut voir l’avenir avec une certaine sérénité », avance Geoffrey Galand, qui s’explique : « « Le développement du numérique offre de nouvelles perspectives, réduisant, mais bien sûr pas complètement, les problèmes de mobilité. On ne peut effectivement pas avoir à tous les services d’une ville (collège, hôpital, etc) dans un village. Le village a de l’avenir s’il joue la carte du circuit court, de l’économie de proximité. La solidarité structurelle des constructions et de la population sont une bonne réponse : en mutualisant les moyens (partage des équipements, des services), en étant solidaire, on lutte aussi contre le réchauffement climatique. »

Source : La Voix du Nord