De nouvelles tours encore plus hautes pour La Défense à Paris

le 23 avril 2018

Avec ses 300 m de hauteur, la Tour Eiffel, livrée le 28 janvier 1887, détient toujours le record du plus haut bâtiment de France. Mais des concurrents se rapprochent, dangereusement.

La Tour First, construite en 1974 sous le nom de tour CB31, transformée de 2007 à 2011, atteint 231 m à l’extrémité de son antenne. C’est le second plus haut bâtiment de France. En 2022, elle sera reléguée au 3e rang par la construction de « The Link », le futur siège de Total à La Défense, prévu pour culminer à 244 m.

The Link atteindra 244 m à La Défense

Alors que son permis de construire n’est pas encore déposé, The Link a déjà une histoire. Développé par la foncière Groupama Immobilier qui possède déjà 3,7 milliards d’euros d’AUM (Assets Under management), ce projet de deux tours jumelles avait vu le dépôt de son permis de construire bloqué par Michel Cadot, le Préfet de la Région Île-de-France, en janvier 2018.

Le Préfet considérait que The Link, avec ses 244 m de hauteur, ses 52 étages, ses 120 000 m² prévus pour accueillir 10 000 personnes, allait quadrupler la surface des bureaux sur ce site déjà bien pourvu. Il s’inquiétait du fait que les infrastructures de transport – notamment la station de la ligne de Métro n°1 Esplanade de La Défense, déjà saturée – et la construction de logements ne suivaient pas le développement des bureaux de La Défense.

Une polémique, sinon une franche querelle, s’était engagée entre le Préfet et les élus locaux du 92 et de Puteaux qui considéraient qu’il se mêlait de ce qui ne le regardait pas et entravait le développement économique.

Le Préfet, du coup, ne délivrait pas un sésame indispensable, qui n’existe qu’en Île-de-France : l’agrément, une autorisation administrative délivrée par l’Etat au nom de sa politique d’aménagement du territoire. Sans cet agrément, pas de dépôt de permis de construire possible. L’agrément, accordé par le préfet de la région d’Île-de-France ou le préfet de Paris, concerne uniquement l’immobilier d’entreprise (bureaux et entrepôts).

L’agrément, un sésame administratif indispensable en Île-de-France

Il est obligatoire pour la mise en œuvre des opérations immobilières soumises à un permis de construire ou à une déclaration préalable de travaux. L’objectif est d’orienter les acteurs publics et privés du marché, dans leur choix de localisation de leurs activités économiques dans le but de favoriser une répartition équilibrée entre les activités et l’habitat.

Quelque 3 789 001 m² de locaux d’activités économiques ont été agréés en 2017 (contre 3,5 millions en 2016), dont deux millions de m² de bureaux et un million de m² d’entrepôts. Bref, ce fameux agrément est désormais accordé depuis le début avril 2018. Le Préfet a été rassuré après avoir reçu l’assurance du financement conjoint par la RATP,  l’établissement public de la Défense et la Région, du remodelage de l’accès à la station de Métro Esplanade de La Défense.

Le RER E « Eole », puis le Grand Paris Express devraient aussi, à terme, faciliter l’accès à La Défense en transports publics. La demande de permis de construire va pouvoir être déposée. La livraison du bâtiment est prévue pour 2022. Ce qui, pour un programme de cette importance, serait un indéniable exploit.

Il n’est pas impossible que ce bâtiment conçu par l’architecte Philippe Chiambaretta, fondateur de l’Agence PCA-Stream, fasse lui-aussi l’objet de divers recours, comme ce fut le cas pour la plupart des projets récents à La Défense. Ce qui pourrait considérablement repousser la date du début des travaux.

4 800 m² de façade photovoltaïque

The Link sera construit sur une parcelle d’environ 6 500 m², occupée pour l’heure par trois bâtiments datant des années 80. Comme l’indique l’Agence PCA-Stream, une tour classique à La Défense propose un empilement de plateaux d’environ 1 800 m² chacun, accueillant 150 personnes par étage.

L’accès à la lumière naturelle est inégal, les espaces extérieurs inexistants et les espaces communs et collaboratifs rares. PCA-Stream a donc « imaginé une morphologie innovante qui tire parti de la taille de la passerelle » en dédoublant la tour en deux ailes de 51 (244 m) et de 34 (174 m) étages.

Les deux tours seront réunies par 32 ponts-jardins entièrement vitrés, baptisés Links. Chacun de ces Links aura une largeur de 8 m au moins, sera agrémenté de diverses plantations et fera office d’espace de travail collaboratif.

3000 m² par étage

En reliant les deux bâtiments, les Links créent des plateaux de 3000 m². Chaque étage peut fonctionner en duplex avec l’étage supérieur, grâce à de larges escaliers au milieu des plateaux, créant des unités de 6 000 m², de quoi faire travailler ensemble 500 personnes. L’Agence PCA-Stream explique que cette conception permet aux occupants d’accomplir 90% de leurs déplacements quotidiens à pied dans cette tour devenant piétonne.

Le design prévoit encore un roof-garden, un centre de fitness, 10 cafés et restaurants pour les occupants, une crèche (baptisée « care-center ») et 3 auditoriums. The Link vise un label HQE « Exceptionnel », BREEAM « Excellent » et BiodiverCity. Enfin, 25% des besoins annuels de l’éclairage des tours jumelles seront couverts par 4 800 m² de façade photovoltaïque.

320 m pour Hermitage Plaza

The Link devrait notamment abriter le siège social de Total avec environ 5 000 collaborateurs. Il s’arroge pour l’instant la seconde place, juste derrière la Tour Eiffel, en termes de hauteur. Il passera à la troisième place si le projet Hermitage Plaza voit enfin le jour.

Proposés en 2008 et conçus par les architectes Foster + Partners pour le promoteur russe Hermitage, ces deux tours jumelles au bord de la Seine devraient atteindre 320 m de hauteur et dépasser les 300 m de la Tour Eiffel. Ermin Eskanderov, président du groupe Hermitage a annoncé lors de l’ouverture du MIPIM à Cannes que la construction des deux tours va finalement démarrer et qu’elles seraient livrées à temps pour les Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Les permis de construire modificatifs ne sont pas encore accordés, mais plusieurs obstacles juridiques – dont le recours des derniers habitants occupant les bâtiments de logement sur le site des Damiers – ont été levés. Les ressources financières du promoteur, longtemps mises en doute, semblent mieux assurés, tant en ce qui concerne les fonds propres que les concours extérieurs et les emprunts bancaires. Au total, le coût de l’opération pourrait dépasser deux milliards d’Euros. Là encore, dans la mesure où les travaux de démolition ne sont pas encore entamés, le délai semble extraordinairement court. Croise les doigts, Ermin !

Source : batirama.com / Pascal Poggi

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