Arrêt de la Cour de cassation – 3 novembre 2011

le 3 novembre 2011

L'opposition de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1965 formée par un syndicat de copropriétaires doit comporter, pour être régulière, non seulement la répartition des charges et travaux selon le privilège ou le "super privilège" que le syndicat invoque, mais également le détail des sommes réclamées selon leur nature et le lot, objet de la vente, auxquelles elles sont afférentes.

N° de pourvoi 10-20182 du 3 novembre 2011 - Cour de cassation Troisième chambre civile

LA COUR DE CASSATION, TROISIÈME CHAMBRE CIVILE, a rendu l’arrêt suivant :

Sur le moyen unique :  

Attendu, selon l’arrêt attaqué (Paris, 18 mars 2010), que les lots de copropriété 72 et 75, d’une part, 54, 42 et 243, d’autre part, faisant l’objet d’une vente sur adjudication, le syndicat des copropriétaires de la résidence Adolphe Adam (le syndicat) a formé une opposition pour chacune des deux ventes puis a contesté l’état de collocation établi par Mme X..., ès qualités de mandataire liquidateur de Mme Y..., ancienne propriétaire des lots, en ce qu’il a écarté sa créance ;

Attendu que le syndicat fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande, alors, selon le moyen :

1°/ que le syndic est en droit d’intégrer dans son opposition au paiement du prix de vente d’un lot l’intégralité des charges et dettes dues par l’ancien propriétaire, y compris, par conséquent, celles afférentes à un autre lot que celui vendu ; qu’en déclarant irrégulières les oppositions formées au paiement du prix d’adjudication de deux groupes de lots vendus séparément appartenant au même copropriétaire, aux motifs que ces deux oppositions se procéderaient pas à la ventilation des charges selon les lots objets de la vente, la cour d’appel a ajouté aux dispositions des articles 20 de la loi du 10 juillet 1956 et 5-1 du décret du 17 mars 1967 et violé ces textes ;

2°/ qu’en toute hypothèse, que la cour d’appel ne pouvait se déterminer ainsi, sans répondre aux conclusions du syndicat des copropriétaires de la résidence Adolphe Adam soutenant que la jurisprudence rendue sous le visa de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1965 retient que l’opposition sur le prix de vente d’un lot donné ne se limite pas aux dettes ou charges arriérées relatives à ce seul lot mais peut intégrer les dettes ou charges afférentes à d’autres lots du vendeur et qu’il s’était donc conformé à cette jurisprudence en intégrant dans son opposition relative aux lots n° 42, 54 et 243, les dettes et charges afférentes également aux lots n° 72 et 75, et dans son opposition relative aux lots n° 72 et 75, les dettes et charges relatives aux lots n° 42, 54 et 243, de sorte que ces oppositions répondaient parfaitement aux prescriptions de l’article susvisé et de l’article 5-1 du décret du 17 mars 1967 ; que, faute d’avoir répondu à ce chef opérant des conclusions, la cour d’appel a violé l’article 455 du code de procédure civile ;

3°/ que l’opposition doit seulement énoncer d’une manière précise le montant et les causes des créances du syndicat afférentes au charges et travaux mentionnés aux articles 10 et 30 de la loi du 10 juillet 1965 de l’année courante et des deux dernières années échues, ainsi que le montant et les causes des créances du syndicat afférentes au charges et travaux mentionnés aux articles 10 et 30 de la loi du 10 juillet 1965 des deux années antérieures aux deux dernières années échues ; qu’en exigeant en outre que l’opposition contienne “ le détail des sommes réclamées selon leur nature, charges ou travaux “ et distingue, par conséquent, entre le montant des charges, d’une part, et des travaux, d’autre part, la cour d’appel a ajouté aux dispositions de l’article 5-1 du décret du 17 mars 1967 et violé ce texte ;

4°/ que ni les dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1965, ni celles de l’article 5-1 du décret du 17 mars 1967 ne prévoient la production, à l’appui de l’opposition signifiée par acte extra judiciaire, des pièces justificatives des créances dont elle fait état ; qu’en relevant que les oppositions n’étaient pas “ accompagnées (...) des pièces justificatives des sommes visées “, la cour d’appel a ajouté à ces textes et les a violés ;

Mais attendu qu’ayant relevé que les deux oppositions comportaient les mêmes chiffres, alors que la composition des lots vendus était différente, la cour d’appel, qui n’était pas tenue de procéder à une recherche que ses constatations rendaient inopérante, a exactement retenu que l’opposition devait comporter, non seulement la répartition des charges et des travaux selon le privilège ou le “ super privilège “ que le syndicat invoquait mais aussi le détail des sommes réclamées selon leur nature, et le lot auquel elles étaient afférentes et, abstraction faite d’un motif erroné mais surabondant, en a justement déduit que les oppositions, non accompagnées d’un décompte détaillé, n’étaient pas régulières ;

D’où il suit que le moyen n’est pas fondé ;

PAR CES MOTIFS :  

REJETTE le pourvoi ;

Condamne le syndicat des copropriétaires de la résidence Adolphe Adam aux dépens ;

Vu l’article 700 du code de procédure civile, rejette la demande du syndicat des copropriétaires de la résidence Adolphe Adam et le condamne à payer à Mme X..., ès qualités, la somme de 2 500 euros ;

http://www.juricaf.org/arret/FRANCE-COURDECASSATION-20111103-1020182

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