Grigny 2 : la spirale infernale d’une copropriété géante asphyxiée par les dettes

le 22 mars 2019

Cinquante ans après les premiers coups de pioche, la copropriété de Grigny 2 dans l’Essonne, présentée comme la deuxième plus importante en Europe en nombre d’habitants, s’est lourdement endettée. En cause, de trop nombreux impayés.

Grigny 2 : la spirale infernale d’une copropriété géante asphyxiée par les dettes

Grigny, mardi 5 mars. En raison de l’absence d’entretien, les parties communes des numéros 1, 3 et 5 de la rue Lavoisier sont devenues dangereuses. LP/Florian Garcia

Grigny 2, une copropriété géante de 5 000 logements pour plus de 17 000 habitants. Lorsque les premières tours voient le jour à la fin des années 1960, elles sont plébiscitées par une population de cadres, attirés par le standing des logements et leur proximité de Paris avec la toute nouvelle gare RER.

Mais dès le départ, le gigantisme de ce nouveau quartier effraie la municipalité. Les 3000 logements supplémentaires initialement prévus sur la ZAC des Tuileries sont finalement abandonnés. Autre particularité, le statut de copropriété rend la gestion de ce mastodonte compliquée. Un syndicat principal est en charge de la voirie, des espaces verts, du chauffage et de l’eau et 27 syndicats secondaires gèrent les parties communes et les parkings des différentes tranches d’habitation.

Dans l’ouvrage « Ensembles, l’histoire continue : mémoire et projets des grands ensembles », la Maison de banlieue et de l’architecture révèle que bon nombre d’habitants de Grigny 2 ont vendu leur bien dans les années 1980. Des ventes massives qui ont eu pour conséquence d’attirer une population plus pauvre et des marchands de sommeil.

Un double niveau de charges

«La deuxième génération des propriétaires arrivés à Grigny 2 avait des revenus extrêmement bas, confirme le service aménagement de la ville. Cette paupérisation s’est accentuée depuis 2007 et la crise immobilière. Ce sont des propriétaires pauvres qui entrent dans le parc de Grigny 2 : des personnes au smic peuvent devenir propriétaires compte tenu des faibles valeurs immobilières. Ces personnes, qui n’ont généralement pas pu obtenir un logement social, optent pour l’acquisition. »

Problème, ces futurs acquéreurs sont rarement informés du double niveau de charges du syndicat principal et des syndicats secondaires. « Ces personnes doivent donc faire face à des frais qu’elles ne soupçonnaient pas, poursuit la municipalité. Les impayés se multiplient et la spirale de dégradation s’accélère. »

Les habitants se sentent abandonnés

Des faux plafonds réduits en lambeaux, la colonne d’eau mise à nu et un manque d’hygiène criant. À peine entré dans les parties communes de la tranche 49 de la rue Lavoisier à Grigny, un ensemble de trois immeubles à l’entrée de la copropriété géante de Grigny 2, c’est le chaos qui domine. À l’extérieur, les détritus jetés par les habitants et les dépôts sauvages s’amoncellent. Inévitablement, les rats ont fait de ces espaces verts leur terrain de jeu. Asphyxié par les charges impayées, le syndicat principal a été remplacé en avril 2016 par un administrateur judiciaire. Mais les améliorations ne sont jamais venues.

Pour faire entendre leurs voix, une poignée d’habitants multiplie les courriers pour alerter la collectivité. Après une missive à Emmanuel Macron, le dernier écrit a été adressé au mois de février au secrétaire d’Etat en charge de la cohésion des territoires, Julien Denormandie. Son cabinet a répondu et a assuré avoir pris contact avec le préfet de l’Essonne « en lui recommandant de procéder à un examen attentif du dossier ».

«Vous sentez cette odeur ? C’est le local poubelle du rez-de-chaussée»

Exaspérés par leurs conditions de vie, les habitants n’ont pas attendu que les services de l’Etat se penchent sur le sujet pour prendre les choses en main. « Qu’est-ce qu’ils attendent, peste Samia*. Ils nous laissent pourrir ici. » Dès le hall d’entrée, le manque d’entretien saute aux yeux. Le faux plafond est totalement arraché, son armature pend dangereusement dans le couloir et l’électricité est inexistante. Sans lumière, Samia et son amie Cécile* poursuivent le triste état des lieux. « Regardez, seul un ascenseur fonctionne encore. Et vous sentez cette odeur ? C’est le local poubelle du rez-de-chaussée. »

À chaque étage, le constat est le même : les murs de la cage d’escalier sont sales, plusieurs marches sont cassées. « Où est la sécurité ? », s’indigne Cécile. « On ne voit rien changer, ça se dégrade de jour en jour », renchérit Samia. À bout de nerfs, une retraitée a fini par prendre les choses en main. À 75 ans, cette habitante discrète qui préfère garder l’anonymat nettoie régulièrement les parties communes. « Je le fais parce que je n’aime pas marcher dans la saleté, confie-t-elle humblement, s’excusant presque « de ne faire que quelques étages ». « Grâce à vous, nous vivons dans de meilleures conditions », souffle Samia, émue, avant que la retraitée ne referme sa porte.

Le retour du nettoyage des parties communes au mois d’avril

Contacté, l’administrateur judiciaire assure « qu’une amélioration de la trésorerie » va permettre « le retour du nettoyage des parties communes au mois d’avril ». Et d’ajouter : « Il est également envisagé de reprendre un gardien à mi-temps lorsque le syndicat aura les moyens de remettre en état la loge. »

En octobre dernier, l’Etat a lancé le plan « Initiative copropriétés » dont 25 M€ sont consacrés à Grigny 2. « C’est une grande victoire, s’était réjoui le maire Philippe Rio (PCF). L’Agence nationale de l’habitat (Anah) va prendre en charge 100 % des travaux d’urgence : cela concerne les ascenseurs, les toits-terrasses, les balcons mais aussi l’électricité et la sécurité. » Ces travaux sont prévus jusqu’en 2020.

Source : Le Parisien

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