« Vous imaginez la perte de pouvoir d’achat pour les locataires »

le 2 décembre 2017

David Rodrigues, spécialiste du logement à l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers CLCV réagit à l’annulation de l’encadrement des loyers à Paris.

« Vous imaginez la perte de pouvoir d’achat pour les locataires »

Xiongmao – stock.adobe.com

La Croix : Comment réagissez-vous à l’annulation de l’encadrement des loyers à Paris ?

David Rodrigues : Mal. Car c’était l’une des mesures phares de la Loi Alur qui était prévue pour aider les locataires et limiter les abus de certains bailleurs, en évitant que certains loyers excèdent de beaucoup les prix du marché. Dans les fameuses chambres de bonne à Paris, on se retrouve avec des loyers totalement délirants de 500-600 € par mois.

En juillet dernier, nous avons fait une enquête montrant que sur 800 annonces, 40 % dépassaient en moyenne de 17 % le montant légal du loyer. Cela faisait 1 700 € sur l’année… Vous imaginez la perte de pouvoir d’achat pour les locataires. D’autant que les APL vont être réduites !

Certains disent que le zonage était mal fait. Et que l’ensemble était une usine à gaz…

D. R. : On peut trouver tous les défauts à ce texte. Mais personne n’aurait été en capacité de faire un texte aussi rigoureux et précis que le « miroir des loyers » à l’allemande, dans lequel les loyers sont déterminés en fonction des caractéristiques des logements, et négociés entre associations de propriétaires et de locataires. Ils ont une matrice très complexe qui prend en ligne de compte l’exposition du logement, ses éléments d’équipement et autre.

Nous avons fait quelque chose de simple : nature de la location, date de construction, superficie, nombre de pièces… Et on dit que ça ne va pas. Pourtant les bailleurs ont une souplesse de 20 % par rapport au loyer médian (1), ce qui permet par exemple de prendre en compte l’état de l’appartement.

Il aurait fallu, dès le départ, que le système couvre l’ensemble de la région parisienne. Était-ce possible ?

D. R. : L’observatoire existe déjà, c’est l’observatoire des loyers de l’agglomération parisienne, créé avant la loi Alur. On aurait eu assez de données durant l’année 2018.

Certains disent que les investisseurs ont délaissé la capitale et que les appartements ont été mis en location sur AirBnB…

D. R. : C’est ridicule. Ils le font dans les villes de province où l’encadrement des loyers n’existe pas. AirBnB permet d’avoir des rendements sans commune mesure avec la mise en location des logements.

Propos recueillis par Vincent de Féligonde

(1) Il y a autant de logements qui ont un loyer supérieur qu’inférieur.