Le marché du neuf se ressaisit, mais reste convalescent… Après un recul de 11,2% des ventes en 2018 – notamment du fait de la remise en cause des aides à l’accession (suppression du dispositif Pinel et rabotage du prêt à taux zéro en zones rurales et péri-urbaines, suppression de l’APL accession sur tout le territoire) -,le marché de la maison neuve en secteur diffus (hors opérations groupées) enregistre un léger rebond au premier semestre 2019, avec une progression de 4,7% du nombre de transactions. Une dynamique directement liée aux conditions bancaires historiquement favorables pour les emprunteurs, avec une baisse constante des taux de crédit et des apports personnels exigés, couplée à une augmentation des durées d’emprunt.

D’après les Constructeurs, Promoteurs et Aménageurs de la Fédération Française du Bâtiment (LCA-FFB), ce timide rétablissement trouverait également une explication dans l’anticipation de la fin programmée du prêt à taux zéro (PTZ) dans le neuf en 2020, dans les zones dites détendues (les zones B2 et C). Des zones qui ont déjà grandement souffert du durcissement opéré l’an dernier sur les conditions du PTZ, avec une diminution de la part de l’investissement qu’il est possible de financer via ce prêt aidé (20% contre 40% par le passé). Les ventes y ont diminué de 23,7% tous segments confondus (logements individuels et collectifs) et les mises en vente y ont dégringolé de 43,6%. Une tendance qu’il sera difficile de redresser dans les mois à venir, avec l’arrivée des élections municipales, période traditionnellement peu propice aux lancements de nouvelles opérations. Et d’autant plus si le PTZ venait à être définitivement supprimé dans ces zones, à l’issue de l’examen du projet de loi de finances pour 2020.

Les conséquences d’un recentrage du PTZ

Dans ce contexte, les professionnels s’inquiètent naturellement de la fin annoncée du PTZ dans les zones B2 et C, pour 2020. “Le PTZ joue un rôle déterminant sur la solvabilité des ménages, insiste Grégory Monod, le président de la LCA-FFB. Et particulièrement dans ces zones, où les prix du foncier et les coûts de construction rendent possible l’accession des ménages modestes à la propriété”.

De fait, les zones B2 et C regroupent 60% de la population, sur 93% du territoire. Selon la fédération, un recentrage du PTZ sur les seules zones tendues serait synonyme d’une perte de pouvoir d’achat immobilier pour les ménages, entraînant soit un blocage définitif de leur parcours résidentiel – ne pouvant pas accéder à la propriété -, soit un éloignement encore plus conséquent des grandes villes, pour accéder à un foncier abordable. Une perspective qui pourrait se traduire par un nouveau recul des ventes, estimé à environ 12.000 unités annuelles, avec autant de conséquence pour l’emploi, dans le secteur du bâtiment. Sur ce second point, la fédération évoque près de 20.000 emplois impactés, dans les années à venir.

A l’inverse, si le PTZ venait à être maintenu en l’état d’ici 2021, les Constructeurs et aménageurs présagent un maintien des volumes de ventes au niveau actuel, voire un rebond modéré de 2.000 à 3.000 logements supplémentaires dans l’individuel en 2020 et une stabilisation en 2021. Une mesure qui, selon leurs calculs, n’entraînerait “qu’un surcoût limité de 31,2 millions d’euros” pour les finances publiques, en 2020. “Dans le même temps, les recettes fiscales induites par les 12.000 logements ainsi sauvegardés s’établirait aux environs de 400 millions d’euros en 2020 et en 2021”, déclare la fédération.

Rétablissement de l’APL accession et zonage de projet

Outre la prorogation du PTZ dans les zones détendues, les Constructeurs et aménageurs appellent de leur voeux un rétablissement de l’APL accession, dispositif supprimé dans le neuf par la loi de finances 2018. Une aide qu’ils jugent pourtant peu coûteuse, au regard de son efficacité pour les ménages modestes : “L’effet levier est très important pour ces accédants puisque, selon les règles d’endettement usuelles, 150 euros d’APL correspondent à 450 euros de revenus”, rappelle Grégory Monod. Enfin, la fédération milite pour la mise en place d’un “zonage de projet” qui consisterait, hors grandes agglomérations et dans des quartiers précis, à temporairement ré-ouvrir le droit aux dispositifs d’investissement locatif, lorsqu’un besoin en logements est identifié.

Source : Capital