Incendie de Choisy-le-Roi : mairie et sinistrés de la dalle excédés par la bataille d’experts

le 2 décembre 2018

Suspendus depuis presque un an à une bataille d’experts, la plupart des sinistrés de la résidence Anatole France, l’immeuble qui a subi un violent incendie sur la dalle de Choisy-le-Roi le 10 janvier dernier, provoquant la mort d’un jeune pompier, ne sont pas prêts de retrouver leurs logements et reprendre le cours d’une vie normale.

Incendie de Choisy-le-Roi: mairie et sinistrés de la dalle excédés par la bataille d’experts

Onze mois après ce terrible incendie, lors du quel le jeune Jonathan Lassus-David, pompier âgé de 21 ans, a trouvé la mort, les habitants de la résidence Anatole France étaient à nouveau réunis dans la salle du Royal ce mercredi 28 novembre, à l’invitation du maire PCF Didier Guillaume. Une réunion pour faire le point sur la situation, dans cette salle qui  les accueillit après leur évacuation par les pompiers le matin du 10 janvier. Ce mercredi, une quarantaine de sinistrés étaient présents.

21 mois de travaux en perspective, bloqués par la bataille d’experts

« Le maître d’œuvre a déposé la déclaration de chantier en mairie. La durée des travaux est évaluée à vingt et un mois, hors aléas dont 5 hors site occupé. Il m’est en revanche impossible de vous donner la date du début des travaux puisqu’ils sont bloqués par la nouvelle expertise réclamée par les assureurs de propriétaires de véhicules et de boxes. Le juge des référés du tribunal de Nanterre, qui a ordonné cette expertise, a noté l’absence de cause bien identifiée du sinistre, ce qui implique une multitude d’acteurs susceptibles de déclencher de nouvelles procédures pour se dédouaner. Les assurances se dégagent et vous laissent dans des difficultés sociales, financières et psychologiques. Je considère que rechercher les responsabilités de chacun est aujourd’hui une perte de temps, on ne va pas y arriver. Il faut remettre l’humain au centre de la démarche », estime Didier Guillaume.

Le maire veut asseoir toutes les parties autour de la table

Le maire souhaite donc convier à la table des négociations Loiselet & Daigrement, le syndic de copropriété, ainsi que les divers assureurs, des représentants des sinistrés et de la ville. « A travers cette rencontre, nous voulons nous projeter dans une démarche de perspective et nous souhaitons que la préfecture du Val-de-Marne s’y joigne pour nous apporter sa force de persuasion. Tous les acteurs doivent se mobiliser pour prendre en considération les résidents. Il faut que les travaux reprennent pour que les résidents puissent retrouver leurs logements. Il arrive dans de nombreux dossiers qu’une partie engage des fonds en anticipant d’être remboursée par son assurance », ajoute-t-il.

Les habitants préoccupés par le financement de leur relogement provisoire

De leur côté, plusieurs résidents considèrent que l’arrêté municipal limitant l’accès au site pris quelques semaines après le sinistre les a lésés. « Nous sommes nombreux à s’être entendu dire par nos assurance que l’arrêté municipal les empêchait de lancer des expertises. C’était une bonne excuse pour eux », lance le propriétaire de véhicule encore en bon état, bloqué dans un boxe. « Vous avez demandé en référé la prescription d’une expertise qui nous a empêchés de pouvoir rentrer dans nos logements, puis, vous avez pris cet arrêté qui nous de nouveau empêchés de récupérer nos effets personnels. Vous avez pénalisé les copropriétaires », accuse Wanda, une propriétaire occupante.

« Vous croyez que j’ai fait cela pour embêter du monde ? Vous n’avez pas vécu ce qu’on a vécu pendant trois jours avec le général des sapeurs pompiers, et vous savez ce qu’il m’a dit devant le ministre de l’Intérieur, lorsqu’on était dans la caserne pour l’hommage national ? ‘Heureusement monsieur le maire qu’on les a tous évacués. Il n’y aurait pas eu que Jonathan Lassus-David qui serait décédé ce jour-là’ », réagit Didier Guillaume.

« Pendant que l’arrêté était encore en vigueur, les demandes des résidents pour accéder à leurs logements parvenaient à la mairie mais pour que nous puissions lever l’interdiction de façon partielle, nous devions nous tourner vers le maître d’œuvre et le syndic pour nous assurer qu’ils pourraient vous garantir d’y pénétrer en sécurité. Depuis la levée de l’arrêté, le site n’est plus qu’une zone de chantier sous la responsabilité du maître d’œuvre et du syndic de copropriété. C’est à présent une zone de chantier et c’est au syndic et au maître d’œuvre de décider si oui ou non vous pourrez accéder à vos logements et boxes »,  complète Olivier Panzani, directeur général adjoint des services municipaux.

« A partir du 31 janvier, vous allez avoir un grand nombre de sinistrés qui vont se retrouver financièrement très en difficulté. Au bout d’un an, les assurances vont cesser de nous dédommager pour le loyer de nos logements provisoires. Certains vont se retrouver avec des doubles loyers à payer, des emprunts à rembourser et les charges. Vous nous parlez de social, mais concrètement qu’allez vous faire ? Nous héberger ? », s’inquiète Marie-Claire, ancienne élue au syndic, et membre de l’un des deux collectifs créé dans la foulée du sinistre.

« Nous avons bénéficié du FARU (fonds d’aide au relogement d’urgence) mais il est loin d’être suffisant pour répondre à cette situation hors norme. Nous souhaitons que les assurances assurent la prise en charge et ce sera l’un des objets de la table ronde à laquelle nous les convierons. Nous nous engageons à nous remettre en mouvement pour assurer votre relogement. Nos services vont poursuivre leur travail d’accompagnement mais tout seul, nous n’allons pas y arriver. Il faut que tout le monde mouille la chemise », enjoint  Gabriel Roche, adjoint au maire en charge de l’habitat.

« Pour moi, nous faisons erreur de demander à la mairie de prendre en charge nos loyers. Cela fait des années que nous payons des assurances personnelles et qu’à travers le paiement de nos charges de copropriété, nous payons également l’assurance du syndic. Il est là notre combat ! », estime de son côté Marie Zanetti, à l’origine de l’association choisyenne du square Anatole France.

Une assemblée générale exceptionnelle du conseil de syndic pour tenter d’alléger les charges

Parmi les nombreux griefs évoqués,  le paiement de charges au syndic de copropriété figure en bonne place. « Quinze jours à peine après l’incendie, l’avocat du syndic nous adressait une lettre pour nous expliquer que compte tenu des dépenses courantes de la copropriété, nous étions tenus de continuer à payer nos charges même si nous n’habitions plus nos logements. Je paye un peu plus de 300 euros tous les mois! », témoigne un résident. Ceci sans compter les factures d’électricité et de gaz  adressées à certains résidents qui n’ont pas eu le temps de résilier leur contrat. Et malheur à ceux qui ne se considèrent plus tenus d’honorer leurs charges… « J’avais convenu avec le comptable d’échelonner le paiement des charges mais un matin, un huissier s’est présenté à mon domicile. J’ai dû payer 3400 euros d’un coup. Nous sommes les victimes, mais on se retrouve sanctionné! », explique une habitante. « Il faut savoir que cette copropriété ne se limite pas à la résidence Anatole France, elle inclut aussi la plupart des immeubles de la dalle, soit environ 600 logements. Cela fait énormément de choses à gérer. Toute la copropriété est sur la corde raide en ce moment à cause de cette situation. Notez qu’à la fin de l’année, les charges trop perçues vous seront remboursées. Nous allons organiser à la mi-décembre une assemblée générale extraordinaire », réagit Hélène Miclot, présidente du syndic de copropriété.

En jeu, le vote par l’assemblée d’un allègement, voire de la suppression des charges pour les habitants de la résidence Anatole France. Mais pour cela, il faudra que la majorité des membres du syndic l’acceptent, ce qui n’est pas gagné. « Vous êtes minoritaires mais il va falloir que les habitants des autres immeubles fassent preuve d’humanité. Il y a le droit, mais il y aussi la réalité de vos vies. Je croise beaucoup d’entre-vous et constate que cet événement vous a abîmés, certains somatisent et sont en dépression. C’est le moment de s’unir »,  exhorte Gabriel Roche, maire-adjoint en charge de l’habitat.

Même relogé, difficile de tourner la page

Sur les 68 ménages que comptait la résidence, les services municipaux de Choisy-le-Roi assurent que 47 bénéficient d’un logement stable. Six propriétaires occupants sont logés en résidence sociale et deux autres vivent dans l’ancienne gendarmerie de Villeneuve-le-Roi (mais ils vont devoir déménager puisqu’un nouveau projet doit y voir le jour), tous en bail précaire. Cinq ménages sont également logés dans en Appart’hôtel. Les autres auraient trouvé des solutions d’eux-même.

Des solutions ont pu être trouvées pour une quinzaine de familles locataires, dont les demandes d’accès à des logements sociaux ont été honorées un peu plus rapidement. Ainsi, dans son malheur, Malika, son mari handicapé et ses enfants en bas-âge ont trouvé une solution de relogement pérenne, non loin de la dalle. « Nous avons acheté quelques meubles, mais nous ne nous sentons pas encore complètement chez nous. Nous n’avons pas encore tourné la page. Cette résidence, c’était un peu un village. Mon appartement est l’un de ceux qui a le plus été endommagé alors  je n’ai pu y retourner que ce mois-ci pour récupérer quelques effets personnels et les jeux que mes enfants me réclamaient… »

Source : Citoyens 94

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