La bataille des tours à Paris se joue ce lundi

le 2 juillet 2018

Chantier parisien de la décennie, l’aménagement de la ZAC Charenton est débattu ce lundi au Conseil de Paris. Le vote va être très serré pour autoriser la réalisation de six tours d’habitation et de bureaux.

80 hectares de friche bordés par l’un des plus grands faisceaux ferroviaires d’Europe, un énorme échangeur autoroutier, un accès direct à gare de Lyon, au périphérique et au bois de Vincennes. Un véritable bout de Berlin dans Paris. C’est le dernier grand pan de ville à construire à Paris, un rêve pour promoteurs. «  Le chantier de la décennie », présentait jeudi dernier Jean-Louis Missika, l’adjoint d’Anne Hidalgo à l’urbanisme. Le quartier de la ZAC Bercy-Charenton va faire trembler les murs de la salle du Conseil de Paris ce lundi, jusqu’à faire voler en éclats la majorité de gauche. Une poignée de voix au plus pourrait décider de ce gigantesque projet. Il faut remonter à la bataille homérique de la tour Triangle en 2015 pour retrouver un tel suspense dans le vote municipal.

Et ce n’est pas un hasard que ce soit là encore une affaire de tour qui agite l’Hôtel de Ville. Car, dans le projet de ZAC porté par l’exécutif socialiste et l’agence Rogers Stirk Harbour + Partners, figurent six « immeubles de grande hauteur », dont le plus haut culminerait à 180 mètres. Sur la programmation de 600.000 m2 sont prévus 280.000 m2 de logements à 57 % sociaux, 215.000 m2 de bureaux, 12.000 m2 de surface hôtelière, 40.000 m2 d’équipements publics et 15.500 m2 de commerces.

Vote des locataires

La majorité socialiste pourrait connaître quelques défections dans ses rangs mais  comptera sur ses alliés communistes . Chez les contre, on retrouve les  écologistes, opposés aux tours mais aussi les centristes UDI-Modem et la droite LR. «  C’est une urbanisation massive, une ville de 9.000 habitants sans desserte par les transports. La densification de Paris est un sujet de désaccord majeur avec la majorité », tonne Eric Azière, le président des centristes. Pour lui, la mairie fait de la surproduction de logement social dans certains arrondissements comme le 14e, le 17e ou le 12e pour préserver ou conquérir des bastions de gauche « en faisant l’erreur de croire que le vote des locataires sociaux va forcément à eux ». Valérie Montandon, élue LR du 12e arrondissement, dénonce l’absence d’études d’impact, l’absence de visuels. «  Quelle sera la vue de ces tours depuis le bois de Vincennes ? » prévient-elle.

 Paris est la 6e ville la plus dense au monde, il faut arrêter le massacre. 

Jean-Louis Missika dément le choix d’un urbanisme hyper-dense des années 1960-1970. « Nous avons renoncé à un urbanisme sur dalle, le quartier est construit en pleine terre. Il y aura de 45 à 60 % d’espaces publics contre 30 % en moyenne à Paris. » Il revendique de nombreuses innovations dans la gestion des eaux pluviales, la consommation énergétique des tours qui progresse vite. L’exécutif assure que ce quartier est un élément important pour l’attractivité économique de la capitale. Il doit permettre de recréer des liens avec la ville voisine de Charenton. Jean-Louis Missika justifie les six tours par les espaces verts que cela dégage et nie une densité excessive : «  Le 11e arrondissement a 40.000 habitants par kilomètre carré, là ce sera 12.000 habitants. D’autant qu’il faut une densité minimale pour que les commerces de proximité se développent. » L’adjoint estime qu’assez de concessions ont été faites, notamment après l’enquête publique et la prise en compte des réserves des enquêteurs, qui déconseillaient de faire du logement sur le secteur Léo-Lagrange, enclavé entre les voies ferrées et le bois de Vincennes. «  Le bilan économique est déjà en déficit de 260 millions d’euros », prévient Jean-Louis-Missika.

Dialogue des tours

Pour faire avaler les tours, la Mairie a développé un discours tout en rondeurs : la plus haute tour est proche du périphérique et les hauteurs des suivantes déclinent pour faire la transition avec les autres immeubles. Elle évoque un « dialogue » avec les deux autres tours Duo de Jean Nouvel prévues dans le 13e voisin, avec le grand immeuble du programme « Réinventer le Grand Paris » à Charenton et deux autres projets dans le 13e.

C’est finalement avec le renfort des deux groupes macronistes que la mairie devrait parvenir à imposer sa ZAC. Jérôme Dubus, le porte-parole du groupe Parisiens progressistes et constructifs, est prêt à voter le projet, qui a bien évolué vers une dédensification, mais à une condition : que la Mairie accepte de baisser sous la barre des 50 % de logements sociaux. Il demande aussi plus d’espaces verts que les 2 hectares prévus : « Aux Batignolles, pour 3.500 habitants, le parc Martin-Luther-King, qui fait 10 hectares, est totalement saturé. » Ce à quoi répond Jean-Louis Missika : « Ils n’ont pas le bois de Vincennes juste à côté»

Matthieu Quiret
Source : Les Echos

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