Currently set to No Index
Currently set to No Follow

La politique du logement accusée d’accentuer les déséquilibres français

le 5 août 2019

Malgré les déclarations de bonnes intentions, le fossé ne cesse de se creuser entre le dynamisme immobilier des grandes villes et la régression de secteurs toujours plus vastes. La politique du logement et son zonage ne feraient qu’attiser le phénomène.

La politique du logement accusée d’accentuer les déséquilibres français

© A.verdier

En immobilier, la France à deux vitesses est plus que jamais d’actualité. Il devient de plus en plus difficile de parler d’évolution globale du marché tant les disparités entre territoires dynamiques et secteurs à la traîne s’accentue. Toutes les études montrent que le phénomène s’accélère avec une effrayante rapidité. En l’espace de 5 ans (quand on compare la période 2006-2011 à 2011-2016), les statistiques de l’Insee montrent comment la dynamique démographique s’est concentrée sur le littoral atlantique et méditerranéen ainsi que sur la grande région parisienne et lyonnaise. Les zones en bleu, celles qui se dépeuplent ont connu une progression très marquée. Une «métropolisation» qui laisse de nombreuses villes et des régions entières sur le carreau.

«Cette métropolisation et les mobilités résidentielles qui vont avec risquent d’accentuer les écarts de valorisation entre les zones tendues et/ou attractives et les zones délaissées» souligne Alain Tourdjman, directeur des études et prospectives du Groupe bancaire BPCE. Une situation confirmée par les chiffres du spécialiste de l’estimation immobilière MeilleursAgents. En 10 ans, il a calculé que les prix parisiens avaient bondi de 54,6% contre 24,9% pour les dix principales villes du pays et 10,1% pour les 50 premières. La moyenne nationale s’établit tout juste à 10,4% et les zones rurales ont quant à elles baissé de 3,4%. Et l’on remarque dans cette carte de France des prix immobiliers que seules quelques grandes villes dynamiques ont connu une hausse sérieuse des prix. Pour les secteurs laissés à l’écart, c’est la triple peine comme le note Alain Tourdjman: ils concentrent dépeuplement, vacance et baisse des prix. Une analyse confirmée par les différentes cartes dressées par l’Insee sur ces sujets qui se superposent presque parfaitement.

Concentration des aides publiques dans les zones tendues

Face à cette situation préoccupante, bien loin de compenser les déséquilibres, la politique du logement accentuerait les inégalités. En particulier, la concentration des aides publiques sur les zones tendues (Pinel, PTZ) favorise la construction dans les secteurs qui sont déjà les plus favorisés par les mutations économiques. Seul le dispositif Denormandie sort de cette logique mais il reste trop limiter pour l’instant pour inverser la tendance. «Ce zonage concentre les anticipations des acteurs, souligne Alain Tourdjman, et crée des effets de moyen et long terme. On accepte la hausse des prix du foncier car on imagine que la hausse va se poursuivre.» C’est ainsi que la part de la région Île-de-France dans la promotion immobilière est passée en 15 ans de 15 à 31%.

Pour en sortir, l’économiste estime qu’il «faut accepter qu’une politique du logement ne soit pas seulement une politique de la construction». Sans sortir du zonage purement et simplement car il a des aspects utiles mais en se préoccupant plus de la restructuration de l’existant. Près de la moitié des habitations françaises sont en effet très peu performantes d’un point de vue énergétique (15 millions sur 34 millions de logements sont classés E, F ou G). Partant de bonnes intentions, les mesures actuelles en la matière ne portent pas leurs fruits. Sur les 5,1 millions de logements rénovés entre 2014 et 2016, seul un quart des chantiers a débouché sur un gain d’au moins une classe énergétique. Et surtout, le projet de loi Énergie et Climat pourrait encore renforcer la fracture entre logement collectif de zones dense et logement individuel de secteurs plus détendus. Les coûts sont proportionnellement plus élevés pour les seconds ce qui pourrait pousser propriétaires et locataires à s’en éloigner, renforçant encore dans la vacance dans des zones qui se dépeuplent déjà.

Source : Le Figaro