La Banque de France vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2018, qu’elle réduit 1,9% à 1,8%. On se rappellera que le premier chiffre était déjà en retrait par rapport à celui de l’État, qui espérait 2%. Le décrochage s’accentue donc avec les anticipations gouvernementales. D’où vient cette correction ? Essentiellement de deux mauvaises nouvelles apportées par les premiers mois de l’année 2018, qu’on n’avait pas imaginé en regardant l’année 2017 : un ralentissement de la consommation dans plusieurs secteurs et un repli des dépenses liées au logement.

S’agissant de la consommation, l’alimentaire marque le pas : les ménages ont moins consommé d’alcool, de tabac, de viande et de poisson, à cause de hausses de prix sensibles. La consommation de services financiers a également diminué. Qu’en est-il du logement, alors que 2017 avait connu un rythme très soutenu, avec une production de logements neufs proche des 450.000 unités, et des transactions dans l’existant proches du million ? Les mauvaises nouvelles financières et fiscales et les annonces négatives ont eu raison de l’envie d’une partie des Français d’acheter des logements. Il faut ajouter à cela que les augmentations de prix de l’énergie ont conduit les familles à restreindre leur consommation de chauffage ou d’éclairage.

Ces informations sur les arbitrages des ménages interviennent alors que le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a émis l’hypothèse de remonter le taux de TVA sur les travaux de rénovation énergétique et d’entretien courant des logements, mais aussi au moment où plus personne ne comprend rien à la manière dont l’exécutif parviendra à financer la suppression programmée de la taxe d’habitation. La dernière voie évoquée, celle de la seule réduction des dépenses des collectivités locales et accessoirement de l’État, est peu crédible et les élus n’ont pas tardé à le faire savoir. En clair, les Français ne sont pas dupes et s’attendent à une majoration soit de la taxe foncière soit des droits de mutation à titre onéreux, couplée à d’autres hausses, justement comme celle de la TVA sur les travaux. Pour les achats de logements neufs, après le repli de la voilure du prêt à taux zéro et du Pinel votés dans la loi de finances pour 2018, on sent que le second dispositif est encore dans la ligne de mire des économies budgétaires…

Comment aussi ne pas penser aux mouvements sociaux, à la SNCF ou chez Air France notamment, qui troublent la sérénité des ménages, et altèrent l’ambiance ? On sait que l’investissement en logements a pour principaux ennemis le manque de visibilité politique et le besoin d’apaisement.

Enfin, la plus récente annonce, celle qui a trait au probable abandon des taux réduits de TVA sur les travaux, aujourd’hui à 5,5% et 10% selon la nature des dépenses, présente un autre défaut : l’expérience prouve que quand les ménages achètent moins de logements neufs, ils accentuent leurs investissements dans la rénovation des logements existants. On comprend d’ailleurs aisément cette logique : à défaut de changer de cadre de vie radicalement, on va améliorer celui dont on profite déjà. C’est ainsi au plus mauvais moment que le gouvernement envisage cette décision fiscale. Au plan macroéconomique, la réalité n’est pas différente : la moitié du chiffre d’affaires des entreprises tous corps d’État repose sur l’entretien et la rénovation, l’autre moitié sur la construction neuve, et les quelque 2 millions d’emplois dépendent d’une activité globale qui s’équilibre sur ces deux piliers : affaiblir l’un et l’autre est suicidaire pour la filière… qui peut contribuer à hauteur du quart à la croissance du produit intérieur brut!

Il est vital pour notre économie domestique, avant que les indicateurs ne plongent dans le rouge, que les pouvoirs publics s’attardent sur ces vérités. Cesser d’assimiler les allègements fiscaux comme des cadeaux, et comprendre qu’ils ne sont là que pour atténuer une pression et une douleur fiscales devenues paralysantes. Quand la remise à plat de la fiscalité immobilière, qu’on distinguera du bricolage et de la gestion des urgences, aura-t-elle lieu ? Les Français attendent ce progrès d’un Président de la République réformateur et courageux, n’estimât il pas le logement à sa juste valeur économique et sociale au vu des gestes les plus récents.

Source : Capital