Les problèmes de malfaçons des logements neufs s’aggravent

le 17 juin 2019

Le « Flop 10 » des malfaçons dressé par l’Agence Qualité Construction (AQC) révèle une explosion en 2018 des problèmes de fissures et de malfaçons structurelles sur les poutres et poteaux porteurs des immeubles résidentiels récents. Le phénomène inquiète au point qu’une étude va être lancée sur le sujet.

Les problèmes de malfaçons des logements neufs s'aggravent

Infiltrations, fissurations… En augmentation continue depuis dix ans, les problèmes de malfaçons des logements neufs se sont encore aggravés l’an dernier, révèle l’observatoire de l’Agence Qualité Construction (AQC). Ce dernier constitue la référence en la matière, car « nous avons une base de 500.000 dossiers sur la période 1995-2018 avec, en moyenne, 25.000 cas par an », précise la présidente de l’observatoire, Christel Ebner. Du coup, les indemnisations au titre de la garantie décennale explosent.

Déjà en 2017, les assureurs avaient versé 754 millions d’euros en assurance dommage-ouvrage contre 430 millions en 2008.  L’addition devrait être encore plus salée pour 2018, au vu du rapport de l’AQC. Car il pointe un fait nouveau : la montée de malfaçons structurelles sur les poutres et les poteaux porteurs.

Qu’il s’agisse de maisons ou d’immeubles collectifs, même en béton armé, « il peut y avoir des poteaux (verticaux) et des poutres (horizontales), également en béton armé, et pas seulement des murs porteurs, explique Catherine Labat, présidente de la compagnie française des experts-construction (CFEC) et coauteur de l’édition 2018 du rapport de l’AQC. Ils supportent par exemple les planchers des appartements quand les pièces sont grandes, et de même on y recourt pour permettre l’architecture de plus en plus cubique des maisons, avec des auvents ou terrasses recouvertes d’une surface habitable au niveau supérieur », poursuit-elle.

Causes inconnues

Les fissurations anormales dues à ces poteaux et ces poutres ont représenté presque 8 % du nombre des malfaçons d’appartements sur les trois années 2016-2018, contre à peine plus de 1 % sur 1995-2007 et 4 % sur 2008-2018 et figurent désormais au troisième rang du « flop 10 » des ratés de la construction de logements collectifs de l’AQC (numéro cinq pour les maisons, 5,5 % des malfaçons).

« Dès lors qu’une fissure est évolutive il y a lieu de déclarer un sinistre mais cela ne signifie pas risque d’effondrement nécessitant étaiement, on n’en est pas là !, souligne la présidente des experts-construction. Il ne faut pas faire d’alarmisme mais cette évolution est inquiétante et il faut comprendre pourquoi. » L’AQC va donc lancer une étude, car les causes peuvent être diverses : mauvais positionnement de l’armature d’acier au sein du béton armé de ces poteaux et ces poutres, mauvaise liaison au bâtiment, poteaux trop fins pour des raisons esthétiques, etc. Quelles que soient les malfaçons recensées, elles menacent rarement la stabilité du bâtiment (10 % des cas) et leur principale manifestation est surtout le défaut d’étanchéité à l’eau (62 % des cas).

La deuxième malfaçon la plus courante des appartements est celle des réseaux d’eau intérieurs, tandis qu’en maison, c’est la toiture en tuiles. En appartement, la mention spéciale de 2018 va aux sanitaires (6 % des désordres), où la mode des douches à l’italienne et des WC suspendus conjuguent fuites et fissures.

Zéro tolérance

Depuis des années, le « gagnant » du flop 10 est le revêtement de sol, c’est-à-dire, souvent, un carrelage mal posé qui se fissure, et le problème s’accroît encore sur 2016-2018 pour atteindre 13,5 % des malfaçons en maison (10,5 % en appartement). Or leur réparation se renchérit avec l’accroissement des chauffages par le sol.

Mais si le coût des malfaçons explose, leur nombre est une affaire subjective. Ce qui se réglait à l’amiable par une reprise de chantier avant la crise de 2008 a tendance maintenant à partir  directement chez les assureurs, du fait d’un recours accru aux sous-traitants, plus fragiles et qui peuvent disparaître. Par ailleurs, « on n’observe pas nécessairement plus de malfaçons qu’avant, estime Catherine Labat, en revanche, le degré de tolérance des particuliers s’est beaucoup réduit. Or la construction n’est pas une science exacte. »

Source : Les Echos

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