L’immobilier bat des records à Paris, les acheteurs ne suivent plus

le 7 septembre 2018

Selon la Chambre des notaires, le prix médian de la pierre à atteint le niveau inédit de 9 300 euros/m2 dans la capitale. La flambée des prix décourage les familles qui se reportent sur la petite couronne.

L'immobilier bat des records à Paris, les acheteurs ne suivent plus

Dans le quartier des Invalides, dans le VIIe, les notaires ont relevé une vente à 35 000 euros/m². Photo Lionel Bonaventure. AFP

Qu’on les analyse à l’échelle de toute la capitale, arrondissement par arrondissement, ou par type de biens (appartement, maisons…) les chiffres de l’immobilier parisien et francilien donnent le vertige. Ils vont de record en record, sans que l’on sache quand s’arrêtera cette incroyable flambée. Selon la Chambre des notaires de Paris Ile-de-France qui dévoilait ses statistiques jeudi, le prix médian de la pierre a atteint un nouveau record historique dans la capitale au deuxième trimestre à 9 300 euros/m² en hausse de 7,1 % sur un an. Et en prolongeant les courbes, les notaires anticipent déjà qu’il va être pulvérisé, au troisième trimestre, fin octobre avec une nouvelle hausse des prix à 9 400 euros.

«Mais on n’atteindra pas les 10 000 euros», a indiqué avec une pointe d’humour Me Thierry Delesalle, qui présentait les chiffres parisiens. Pas tout de suite en tout cas, car face à cette flambée tarifaire qui dure depuis trois ans (le prix médian était encore de 7 890 euros en juin 2015) le marché parisien ralentit. Le nombre de ventes est à la baisse (-7 % par rapport au deuxième trimestre 2017). Ce qui veut dire que les acheteurs peinent de plus en plus à boucler leurs budgets d’acquisition et que les vendeurs ne vont pas pouvoir exiger des prix encore plus élevés s’ils souhaitent trouver preneur.

Fuite des familles et gentrification

Les chiffres par arrondissement donnent la mesure des budgets hors norme qu’il faut mobiliser pour devenir propriétaire à Paris. Le prix médian dépasse la barre des 12 000 euros dans trois arrondissements : le VIe (12 530 euros), le VIIe (12 400 euros), le IVe (12 300 euros). Les autres secteurs du centre de la capitale (Ier, IIe, IIIe, Ve) affichent des tarifs tout aussi prohibitifs (entre 11 000 et 12 000 euros du mètre carré). Et ces chiffres ne sont que des moyennes. Certaines transactions dans les quartiers les plus recherchés se font à des prix exceptionnels : les notaires ont cité en exemple une vente à 35 000 euros/m² dans le quartier des Invalides dans le VIIe.

Dans ces mêmes quartiers du cœur de la capitale, des écoles primaires ferment des classes, parce qu’elles ont de moins en moins d’enfants. Lors de cette rentrée, les écoles maternelles et élémentaires ont perdu 3 000 élèves par rapport à l’an dernier (pour un effectif de 124 300 enfants) indique le rectorat de Paris. Loyers au sommet, développement des meublés touristiques au détriment du parc locatif ordinaire, prix de l’immobilier au zénith : des familles n’ont plus les moyens de résider à Paris. Et spécialement dans les quartiers centraux, qu’elles finissent par déserter. Les deux arrondissements les plus «abordables», si l’on ose dire, demeurent le XIXe (7 630 euros/m²) et le XXe (7 890 euros). De hausse en hausse le marché immobilier procède à une gentrification de la capitale, que vient tempérer à la marge le logement social avec ses loyers plafonnés.

Extrait de l’étude trimestrielle de la Chambre des notaires de Paris Ile-de-France.

Tache d’huile

Pour trouver à se loger moins cher, les Parisiens qui souhaitent accéder à la propriété savent depuis longtemps qu’il leur faut franchir le périphérique. Mais les prix dans les départements de la petite couronne limitrophe de Paris, ne sont plus ce qu’ils étaient. La flambée de l’immobilier parisien a fait tache d’huile. Néanmoins les tarifs restent plus abordables que dans la capitale: 3 340 euros/m² en Seine-Saint-Denis, 4 360 euros dans le Val-de-Marne et 5 630 euros dans les Hauts-de-Seine. La gamme des prix est également beaucoup plus large qu’à Paris. elle va du simple au triple selon les communes. Saint-Denis (3 100 euros/m²), Montreuil (5 050 euros), Courbevoie (6 420 euros), Vincennes (8020 euros), Neuilly-sur-Seine (9 580 euros).

Extrait de l’étude trimestrielle de la Chambre des notaires de Paris Ile-de-France.

Là encore, c’est le marché qui dicte les choix résidentiels des acquéreurs. Les ménages les plus aisés achètent dans les communes les plus prisées. Les autres doivent s’adapter. Mais comme à Paris, du fait de la hausse des prix, les marchés des départements de la petite couronne manifestent des signes d’essoufflement. Le volume des ventes a baissé de 12 % au deuxième trimestre 2018 comparé à la même période l’an dernier. Preuve que les acquéreurs, ne parviennent plus à suivre avec leurs budgets ces hausses de prix, même quand ils s’adaptent en allant acheter en banlieue et en dépit de taux d’intérêt très bas (1,6 % et moins sur 20 ans) et d’un allongement de la durée des prêts pour solvabiliser les acquéreurs (des prêts de 20 et 25 ans sont devenus la norme).

La grande couronne encore abordable

Dans ce marché francilien caractérisé par des prix très élevés qui écartent de plus en plus d’acquéreurs, seule la grande couronne affiche une très légère hausse (+ 1 %) du nombre de transactions. Et pour cause : c’est dans les départements des Yvelines, de Seine-et-Marne, d’Essonne et du Val d’Oise, que les Franciliens trouvent les prix les plus abordables, notamment dans l’habitat individuel, avec des prix médians de maisons qui vont de 236 000 euros en Seine-et-Marne à 370 500 euros dans les Yvelines.

Extrait de l’étude trimestrielle de la Chambre des notaires de Paris Ile-de-France.

Tonino Serafini

Source : Liberation

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