Marseille : vente de logements sociaux, le cas à risques du Val des Pins

le 13 décembre 2018

La Sogima s’est lancée depuis 2010 dans la vente de sa résidence Val des Pins à Saint-Tronc (10e). Mais de lourds travaux sont à prévoir, mettant en difficulté les nouveaux propriétaires.

Marseille : vente de logements sociaux, le cas à risques du Val des Pins

À la moindre pluie, de l’eau goutte dans les appartements du dernier étage, ruisselle le long des murs qui se fissurent. Photos d.r. L’utilisation de l’article, la reproduction, la diffusion est interdite – LMRS – (c) Copyright Journal La Marseillaise

Au Val des Pins, résidence nichée à Saint-Tronc (10e) entre le lycée Jean-Perrin et les collines, on est encore très loin du taudis et de l’habitat insalubre. Mais si la situation actuelle perdure, la copropriété pourrait, au fil des ans, être affublée du terme « dégradée ». Les 56 logements, répartis sur 7 bâtiments de 3 étages, ont été construits il y a 30 ans. Pour de l’habitat social géré par la Sogima, bras armé immobilier de la Ville de Marseille. Mais depuis 2010, le bailleur s’est lancé dans une vente à la découpe de la résidence.

« L’État encourage cette politique [renforcée par la loi Elan] pour permettre aux bailleurs de construire des logements neufs », fait valoir Anne-Ingrid Barella, gestionnaire de la copropriété pour la Sogima. Vingt-six logements ont été acquis par des propriétaires privés. Pour l’heure, la Sogima reste majoritaire et joue aussi le rôle de syndic.

Sauf que lorsqu’il s’agit d’engager de lourds frais pour de la rénovation indispensable, ça coince. « Il y a eu des malfaçons dès l’origine, les travaux ont été bâclés pour les finir dans les temps », resitue une locataire, préférant rester anonyme. Résultat, dès qu’il pleut, de l’eau s’infiltre dans bon nombre d’appartements des derniers étages.

Notamment le bâtiment 4, le plus dégradé. « Lors des fortes pluies de ces dernière semaines, les gens devaient mettre des bassines tellement ça coulait », raconte notre habitante. Ces problèmes d’infiltration et d’étanchéité se ressentent jusqu’aux garages. Des moisissures et fissures sont bien visibles.

4 500 euros à sortir

Des désordres qui datent. Dès 1999, des déclarations de sinistres sont relevées. Il y en a désormais pour près de 76 000 euros de travaux sur 5 des 7 bâtiments du Val des Pins. De quoi faire tiquer les nouveaux propriétaires. « Ils ne veulent pas payer et certains veulent ouvrir une procédure pour vice caché au moment de la vente », déplore la même locataire.

Ces travaux s’ajouteraient aux charges courantes mensuelles de 200 euros. « Et pourtant, il n’y a pas d’ascenseur, le chauffage et l’eau ne sont pas non plus compris », observe-t-elle. « Il y a beaucoup d’espaces verts et de dégradations », justifie Anne-Ingrid Barella. « Il faut faire les travaux, certes importants, et ne pas jouer la montre », enjoint-elle.

Et pour prouver sa bonne volonté, la Sogima annonce qu’elle fera l’avance des travaux du bâtiment 4. « C’est à l’ordre du jour d’une assemblée générale extraordinaire cette semaine », détaille la gestionnaire. Il en coûtera 4 500 euros par propriétaire. S’ils y parviennent, car déjà « 30% des copropriétaires ne payent pas leurs charges », stipule la locataire.

« La Sogima veut vendre à tout prix, ça leur coûte trop cher », analyse-t-elle. « À terme, on veut tout vendre », confirme Anne-Ingrid Barella, rappelant que, dans ce cadre, « le bailleur reste syndic pour gérer au mieux les problèmes ». Un maigre garde-fou face au spectre de l’habitat indigne.

Florent de Corbier

Source : La Marseillaise

Ils parlent de nous :

Appelez-nous