Paris : la lente rénovation énergétique des copropriétés

le 26 avril 2019

Benjamin Rougeyroles, chargé de mission chez CoachCopro Métropole, service d’accompagnement dans les projets de rénovation de copropriétés, travaille pour l’Agence Parisienne du Climat à mettre en œuvre les objectifs du Plan Climat de la capitale. Selon lui, la rénovation des copropriétés avance, mais timidement. La faute à des freins endémiques. Explications.

Paris : la lente rénovation énergétique des copropriétés

© Pixabay

Quelle est la mission de l’Agence Parisienne du Climat dans le cadre du Plan Climat?

Nous travaillons essentiellement à la rénovation des copropriétés qui composent la majorité des logements. A Paris, l’habitat représente à lui seul 50% de la consommation énergétique de la ville et le chauffage 60% de ces 50%. Notre travail au quotidien consiste à accompagner les copropriétés dans la transition énergétique. Nous faisons du conseil grand public gratuit, par téléphone, mais à l’échelle des copropriétés nous avons mis à disposition des Parisiens, et sur 22 autres territoires français, Coach-copro. Un service d’accompagnement dans les projets de rénovation. Nous nous déplaçons sur site si besoin. Nous rencontrons les conseils syndicaux et les renseignons sur les démarches auprès des directions de l’urbanisme, des entreprises. Nous leur fournissons une assistance à la maîtrise d’ouvrage etc.

La rénovation énergétique des copropriétés a-t-elle progressé à Paris ?

Nous collectons beaucoup de données et suivons toutes les grosses opérations de rénovation de copropriétés, car elles demandent des subventions etc. Après, beaucoup de structures font des rénovations touche par touche. Un ravalement de façade avec une isolation, un changement de chaufferie…Sans passer par un accompagnement public. Nous n’avons pas de visibilité sur celles-ci et possédons donc peu d’informations sur ces chantiers. Mais globalement, 210 projets de rénovations d’envergures dans les copropriétés ont été menés à Paris de 2012 à 2019. Pour arriver aux objectifs du Plan Climat, soit rénover l’ensemble des 43.600 copropriétés parisiennes d’ici 2050, nous devrions en rénover 1.400 par an. Sachant que nous souhaitons atteindre un niveau BBC, soit 104 kw/m2. Actuellement, la moyenne étant à 250 kw/m2, nous en sommes loin.

Quels sont les points de blocage ? Et comment y remédier ?

En tant qu’Agence Parisienne du Climat, nous connaissons les enjeux. Mais nous nous adressons à des copropriétaires qui n’en ont pas connaissance et n’ont pas les compétences nécessaires. Cette acculturation peut être dépassée, mais vient ensuite la peur que suscite le coût potentiel de l’opération. Donc nous faisons beaucoup de pédagogie, en montrant comment s’articulent les coûts et les retours sur investissements. Par exemple, lorsque la copropriété doit faire un ravalement, la pose de l’échafaudage, le ravalement en lui-même et le recours à un architecte, entraînent des coûts.  L’isolant ne représente qu’un surcoût de 5 à 10% sur l’ensemble de l’opération. Nous présentons ensuite les aides financières disponibles, la baisse de la facture de chauffage, l’augmentation du confort, la valeur verte qui augmente la valeur des biens à la vente  de 1 à 2% à Paris. Nous disposons de 80 fiches de sites qui représentent tous les types de copropriétés. Elles mettent en avant des exemples de rénovations, donnent les coûts types et les gains énergétiques. Il faut savoir qu’en moyenne la consommation est réduite de moitié.

Comment s’articulent les différentes aides financières ?

Beaucoup de services travaillent à la rénovation énergétique des copropriétés. Mais aussi beaucoup de financeurs. Ce qui multiplie les interlocuteurs et brouille le message pour le particulier, qui finit par s’y perdre. Crédit d’impôt,  certificat d’économie d’énergie, aides de l’ANAH[1], des régions, des départements, de la ville etc. Ensuite il existe un manque de moyens. Nous sommes en sous-effectif par rapport à nos ambitions. Paris compte plus de 2 millions d’habitants et nous sommes 20 à l’agence. Il manque également une vraie vision sur le long terme. L’exemple du crédit d’impôt est parlant. Avec l’arrêt du financement des fenêtres l’année dernière et qui a repris depuis, les particuliers ne savent plus à quoi ils ont droit ou non. Il faut aussi arrêter de se demander comment faire, parce que la stratégie nous l’avons. Il faut seulement y mettre les moyens et une volonté politique. Il y a des agences locales de l’énergie sur tous les territoires qu’il faut soutenir. Ce que nous attendons aussi, ce sont des incitations réglementaires. Par exemple sur le droit à la location des passoires thermiques. Nous nous appuyons aussi sur le décret Royal. Lorsque des travaux en toiture et en façade sont réalisés, il est obligatoire de mettre en œuvre un isolant. Pourtant il existe encore des copropriétés qui effectuent des ravalements sans rien installer.

Source : Journal de l’environnement

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