Rénovation énergétique : impliquons les copropriétés !

le 12 janvier 2018

Les 9.700.000 logements en copropriété sont les grands oubliés des différents dispositifs de rénovation énergique.

Il faut mieux impliquer dans les près de 10 millions de copropriétés dans les programmes de rénovation énergétique.

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Comme chacun le sait, le gouvernement a présenté à la fin de l’année dernière son plan de rénovation énergétique des bâtiments. Il vise 500.000 rénovations par an, dont celle de 150.000 passoires thermiques. Les ministres Nicolas Hulot (Transition écologique) et Jacques Mézard (Cohésion des territoires)  évoquent notamment la création d’un bonus-malus, qui oblige le bailleur privé et l’expose à la sanction.

Il est évident que la rénovation énergétique est un enjeu majeur dans notre pays, cela ne fait pas débat, notamment face au nombre trop important de passoires énergétiques qui existent encore dans notre pays : elles constituent, avant tout, un signal négatif sur la qualité de vie de nos concitoyens et l’on ne peut que louer l’ambition de les faire disparaître. Tout ce qui va dans le sens de la rénovation énergétique est donc utile, à condition d’inclure tous les acteurs dans l’identification et la mise en oeuvre des solutions.

Un frein majeur

Stigmatiser encore une fois des bailleurs privés qui n’ont pas toujours les moyens de réaliser des travaux ne produira pas de résultats différents de ceux des dispositifs précédents. Nous avons au contraire besoin d’engager collectivement un état des lieux de ce qui marche vraiment sur le terrain. Les professionnels comme les bailleurs privés peuvent être les meilleurs alliés de la rénovation énergétique, pour peu qu’on les écoute et qu’on les mette en situation d’agir.

Au-delà de la complexité administrative et de l’instabilité fiscale qui ont jusqu’à présent marqué la politique de rénovation énergétique, un frein majeur existe : la solvabilité des copropriétaires. Tout le monde n’est pas à égalité face à cet enjeu majeur et pourtant mal identifié. Ainsi, tel retraité aura-t-il des difficultés à investir dans les dispositifs désormais obligatoires, quand tel jeune couple de cadres aura rénové son appartement aux normes dernier cri ; inutilement si les parties collectives de son immeuble vétuste n’ont pas bénéficié d’une mise aux normes, à l’image d’un conducteur modérant le chauffage de son véhicule, toutes fenêtres ouvertes.

Un allié de poids

On ne le dit pas assez, mais la copropriété est une cellule économique et sociale qui représente un allié de la rénovation énergétique, justement parce qu’elle contribue à entretenir un parc dans la durée. A travers un financement mutualisé et l’accompagnement du syndic, à la fois dans les démarches administratives et dans la coordination des travaux de l’habitat, de bonnes pratiques émergent de l’intelligence collective.

Seulement 38 copropriétés ont bénéficié d’un éco-prêt à taux zéro en 2016.

Or les copropriétés semblent être les grandes oubliées des dispositifs mis en place. La France compte pourtant près de 9.700.000 logements en copropriété, et autant de points de vue utiles pour dessiner un futur durable de l’habitat. Seulement 38 copropriétés ont bénéficié d’un éco-prêt à taux zéro en 2016, alors que cette mesure a permis à 22.800 ménages d’améliorer leur habitat au bénéfice de la rénovation énergétique, qu’il s’agisse d’appartements rénovés au cas par cas, ou de maisons individuelles.

Notre conviction est que les copropriétaires ont toute leur place dans une réflexion de fond pour la baisse des charges, le renforcement du confort et la valorisation du patrimoine qui construisent l’empreinte énergétique de notre pays afin d’impulser une nouvelle dynamique de rénovation pour l’avenir.

Ténacité et volonté

Pour réussir, un projet de rénovation énergétique implique une forte implication du syndic de copropriété, qui pourtant n’est pas rémunéré sur les phases amont de montage des opérations, une étape complexe et stratégique pour la réussite du projet. Il faut un syndicat de copropriétaires volontaire, impliqué et capable de faire un travail de conviction auprès des autres copropriétaires, pour lancer un projet synonyme de mieux-être dans le futur, mais surtout d’économies dans l’immédiat.

Il faut de la ténacité pour se lancer dans une démarche de rénovation énergétique au sein d’une copropriété. Il est urgent de permettre des modèles innovants, au-delà des aides financières, en harmonisant les critères d’éligibilité et en les pérennisant dans le temps, en poursuivant la simplification et la mise en oeuvre pérenne de l’éco-prêt à taux zéro collectif, et en levant les freins à la généralisation du tiers financement.

Avec un peu de volonté et l’accompagnement des syndics, des solutions existent. Nous avons ainsi été les premiers à monter un dossier de tiers financement pour une copropriété à Montataire (Oise). Les copropriétaires rembourseront le montant des travaux sur la base des économies d’énergie qui pourront être réalisés à l’avenir. Dans le contexte actuel, ce dispositif reste pourtant très complexe et difficilement accessible.

Des opérations de travaux globales, avec la présence d’une assistance à maîtrise d’ouvrage, permettraient notamment de conduire les copropriétés éligibles vers les nouveaux dispositifs de l’Anah et valoriser les opérations déployées par certaines collectivités territoriales. Il faut mettre en place des offres simples et lisibles avec des engagements contractuels en termes de résultats, et encourager les professionnels à se regrouper pour optimiser leur offre et étudier de nouvelles méthodes d’industrialisation des travaux.

Car le secteur des services immobiliers, loin d’être immobile, crée de la valeur : il est temps d’associer les professionnels, et à leurs côtés les copropriétés, à l’équation positive de la rénovation énergétique. Alors qu’attendons-nous pour agir ?  Deux ans après la COP 21, les bâtiments résidentiels et tertiaires produisent 27 % des émissions de CO2 et consomment 45 % de l’énergie en France. Les professionnels de l’immobilier ont un rôle central à jouer auprès des copropriétés, pour peu qu’on leur donne les moyens d’agir, afin de réussir le pari de la rénovation énergétique.

Source : Les Echos

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