Seine-Saint-Denis : la résidence se déchire après le suicide de sa gardienne

le 27 février 2019

Marina, gardienne atypique de la résidence des Ormes à Montreuil, s’est donné la mort. Ce drame a fait l’effet d’une déflagration et a avivé les tensions entre résidents.

Seine-Saint-Denis : la résidence se déchire après le suicide de sa gardienne

Montreuil, ce mardi 26 février. Un autel a été installé par les résidents devant la loge de la gardienne. LP/N.R.

Marina, 56 ans, s’est donné la mort il y a dix jours. Elle était la gardienne depuis vingt ans de la résidence des Ormes à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Un ensemble d’immeubles agréables protégés par de grands arbres. Les résidents des 148 logements ne l’ont appris qu’il y a une semaine, après que son mari, Bala, a découvert le corps sans vie de sa femme dans leur petit studio de Bagnolet. Allongée dans son lit, des médicaments éparpillés autour d’elle et une lettre de 4 pages datée du lundi 18 février. Elle n’est pas adressée à sa famille mais à la copropriété, qui avait donné son accord pour son licenciement.

Elle laisse une lettre adressée à la copropriété

Dans ce courrier, Marina revient sur les humiliations subies, le sentiment de harcèlement qu’elle a ressenti durant plus de dix ans. Elle y énumère les noms d’une poignée de personnes qui lui auraient rendu la vie insupportable. Des bribes de cette missive posthume ont été affichées dans le hall des immeubles : « Par ce geste, j’ai conscience de briser ma famille peut être de décevoir les 90 % des copropriétaires qui se battent pour nous depuis le 22 novembre […] pardonnez-moi ».

Sous les fenêtres de la loge, un autel a été dressé. Des bougies, de grands bouquets de fleurs et des cœurs ont été disposés devant un tapis rouge. Marie, installée depuis dix ans aux Ormes, n’a pas quitté l’endroit de la matinée. Elle y croise d’autres habitants qui viennent s’y recueillir et commence à pleurer dès qu’elle évoque la mémoire de Marina. « Elle était plus qu’une gardienne », lâche-t-elle.

« C’est une tragédie »

D’origine serbe, Marina était un personnage atypique, parlant cinq langues, à la tête de l’association Entraides citoyennes qui montait des maraudes dans Paris. « Elle était très investie dans son travail. Elle avait su apaiser une résidence qui aurait pu mal tourner », poursuit Marie. Mohamed, 27 ans, se souvient des fêtes d’Halloween qu’elle organisait quand il était petit et les ateliers de jardinage : « Elle était toujours généreuse ».

Anne*, l’une des pionnières de la résidence, affiche la même tristesse : « C’est une tragédie. Son métier, elle le vivait comme un sacerdoce. Elle donnait, elle était droite mais pas servile. » Un autre propriétaire reconnaît « qu’elle avait aussi son franc-parler et a eu des prises de bec avec quelques personnes ». Au fil des ans, les relations s’étaient tendues avec certains.

Dans cette copropriété proprette, les comptes se réglaient à fleurets non mouchetés. « Des propriétaires surveillaient les entrées et sorties des gardiens, confie un habitant. Bala était parti 10 minutes plus tôt pour voir le médecin et le conseil syndical recevait tout de suite un appel. »

Une procédure de licenciement enclenchée en décembre

Le 13 décembre, le conseil syndical a décidé d’enclencher une procédure de licenciement à l’encontre de Marina et de son mari. Mireille Joly-Vallet, présidente du conseil syndical pèse chaque mot : « A la majorité, nous avons dit au syndic que nous n’étions pas contre l’engagement d’une procédure de licenciement, soulignant c’est au syndic que revient juridiquement la responsabilité de les licencier ». Joint par téléphone, Atrium Gestion nous a raccrochés au nez.

L’annonce du licenciement a fait l’effet d’une déflagration dans la résidence. Une pétition a circulé demandant d’arrêter cette procédure. Une délégation a tenté d’intervenir lors d’un conseil syndical. Sans succès.

Celui-ci refuse de détailler les griefs. Marina bâclerait son travail, serait impolie avec les personnes âgées et recevrait mal les fournisseurs. Mireille Joly-Vallet marche sur des œufs depuis que les avocats sont entrés dans le dossier. L’affaire fait l’objet d’une procédure devant les prud’hommes.

Ses obsèques célébrées ce mercredi

Pour Marina, la vie avait définitivement volé en éclats. « Dans un mois et demi, on allait se retrouver à la rue », explique son mari. Elle avait glissé à certaines : « S’il m’arrivait quelque chose, prenez bien soin de mon mari ».

Les obsèques de Marina auront lieu ce mercredi. Elle sera inhumée dans le cimetière de Montreuil. Face à sa loge.

* Le prénom a été modifié

Source : Le Parisien

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