Splendeur et décadence d’une copropriété

le 7 mars 2019

Ce devrait être l’une des plus belles copropriétés du centre ancien. Mais elle y est l’une des plus délabrées, au grand dam de propriétaires mobilisés pour sa remise en état

Splendeur et décadence d’une copropriété

Un ensemble de belle facture, rongé par l’insalubrité.

Voilà un immeuble qui ne manque pas d’allure avec son balcon d’angle, et sa corniche en surplomb des deux étages. Situé à l’intersection de la rue Gabriel-Péri et du boulevard Carnot, il est flanqué d’un avant-corps auquel a été accolé un bâtiment en brique percé de baies vitrées. Construits au cours du XIXe siècle dans un style classique pour le plus ancien, et faubourien pour l’autre, les deux édifices n’en forment pas moins un ensemble de belle facture. Ils constituent en tout cas une seule et même copropriété, qu’administre le syndic SDC, installé dans les lieux depuis 1991.

Ajoutons pour compléter le tableau que le rez-de-chaussée est occupé pour l’essentiel par le plus grand magasin d’optique de la ville. Ainsi décrite, cette copropriété à l’adresse du 127, rue Gabriel-Péri a tout l’air d’être à l’image de celles pimpantes, voire classieuses, que le syndic fait figurer sur son site. Mais celle-là n’y figure pas. Pour cause. Enduit écaillé, moulures en grande partie désagrégées, gouttières trouées d’où suintent des coulées de moisissures noires, les façades du 127 Péri restent parmi les plus délabrées de ce centre-ville où bon nombre ont été ravalées ces dernières années.

Les occupants en danger

« Mais nous, on a une façade végétalisée », ironise une copropriétaire à propos des plantes et arbustes qui prospèrent sur une gouttière d’eau pluviale.  Avec elle, ils sont une poignée qui ont entrepris depuis deux ans de tout mettre en œuvre pour remédier à des désordres qui n’affectent pas que les façades. 18 lots, dont deux commerces, composent la copropriété détenue par autant de propriétaires dont plusieurs SCI, parmi lesquels un huissier de justice et une société de location de logements. En 2015, pourtant, c’est sur le signalement d’une locataire que la Mission habitat indigne (MHI) de la ville visite les parties communes et dresse un état des lieux « préoccupant », assorti de la menace d’une procédure d’insalubrité.

Le rapport, adressé au syndic, mentionne à maintes reprises infiltrations, moisissures, défaut d’étanchéité. Y compris au plus près de fils électriques sous tension, qui mettent en danger les occupants. La MHI conclut par la prescription de travaux à inscrire au plus vite à l’assemblée générale de copropriété. Mais aucune AG n’est convoquée cette année-là, ni la suivante. Il faudra attendre 2017 où une majorité s’oppose au ravalement de façades et à la nomination d’un architecte pour établir un programme de rénovation.

La menace d’un arrêté d’insalubrité

En 2018, alors que des travaux sont enfin votés, mais pour la seule façade, la MHI est alertée par l’association Copro Libres. Cette fois, la menace d’un arrêté d’insalubrité se fait plus précise. Car l’Agence régionale de santé est informée de la présence de peintures au plomb dans les parties communes. Et à la liste des désordres qu’elle vient de relever, la MHI ajoute celle des risques multiples pour la santé des occupants, pathologies respiratoires, électrocution ou incendie. Un délai de 12 mois est notifié pour mener à bien l’ensemble des interventions. Dans la foulée, le conseil syndical sollicite la société Urbanis, opérateur du PNRQAD à Saint-Denis, pour les accompagner notamment par la demande de subventions mobilisables au titre de la convention OPAH-RU (Opération programmée de réhabilitation de l’habitat-renouvellement urbain).

L’ensemble des propriétaires suivront-ils en mettant enfin la main à la poche ? En préalable aux travaux, le 127 Péri devra aussi se débarrasser des squatteurs, qui occupent un logement préempté en 1994 par la Ville, où son souvenir s’était effacé. Un ancien locataire en avait profité pour en usurper la propriété. Pourquoi un tel état des lieux ? Au nom du syndic SDC, Thierry Michel fait d’abord valoir la responsabilité des propriétaires, seuls décisionnaires. Et les projets qu’il leur avait soumis, avec plus ou moins de succès, pour la remise en état du bâtiment. Il pointe aussi une « situation d’impayés récurrente », et des dégradations accélérées imputables à des « copropriétaires indélicats » qui subdivisent pour louer leur appartement, où l’on peut « compter jusqu’à dix lits superposés » !

Marylène Lenfant

Source : Le JSD

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