Transformer les bureaux en habitation : une solution à la crise du logement?

le 26 mars 2019

La semaine dernière, la maire de Paris inaugurait un immeuble de bureaux métamorphosé en logements sociaux. L’occasion de faire le point sur une pratique intéressante mais visiblement difficile à mettre en œuvre.

Transformer les bureaux en habitation: une solution à la crise du logement?

Transformer les bureaux en habitation: une solution à la crise du logement? (Credit photo: Benjamin Child – Unsplash)

Retour à la case départ. Il y a 30 ans, l’architecte Alain Sarfati intervenait sur un immeuble d’habitation de la rue Victor Schœlcher à Paris (14e arrondissement) pour en faire les bureaux de l’Eau de Paris. Et c’est ce même architecte qui a été retenu pour rendre à l’immeuble sa destination de logement. Forcément, il connaissait parfaitement ce bâtiment des années 30, plutôt atypique avec sa forme «en U» et ses hauteurs sous plafond différentes à chaque étage. Il faut dire que transformer des bureaux en logement est tout sauf une sinécure.

Rachetés par la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP), les 3833 m² locaux professionnels ont été transformés en 54 logements sociaux. Ici, pas de vastes plateaux faciles à réaménager, il a fallu tout repenser. Pour ne pas perdre en surface habitable, des coursives et une cage d’escalier ont été entièrement créés. Et pour faire oublier ces coursives, généralement peu appréciées des occupants, des efforts tout particuliers ont été déployés pour habiller la façade d’écailles argentées et de résilles d’acier. Jeux de lumière et effets kaléidoscopique garantis. Un contraste fort avec la façade toute blanche, sur rue, héritée de l’époque où il avait fallu donner une touche «aquatique» aux locaux de l’eau de Paris.

Volonté politique

«C’est un chantier qui s’est étalé sur 20 mois pour un coût de transformation de 2000 €/m². C’est autant que pour du neuf à Paris, mais pas à ce niveau de prestations», estime Alain Sarfati. Seul regret de l’architecte: ne pas avoir pu intégrer sur place les cloisons évolutives qu’il affectionne et qui permettent d’adapter très facilement un logement au changement de mode de vie de ses occupants. Mais dans cet immeuble où aucun appartement ne ressemble à l’autre une telle opération était impossible.

Si l’équipe municipale se félicite de cette réalisation, l’opposition se montre bien plus critique. «Les professionnels reconnaissent qu’il y a 750.000 m² de bureaux vides dans la capitale et la Ville ne parvient à transformer que 400 immeubles par an, souligne Florence Berthout, présidente du groupe LRI (Les Républicains et Indépendants) au Conseil de Paris. Le potentiel de la ville permettrait de doubler facilement ce chiffre.» Pour la maire du 5e arrondissement, les résultats ne sont pas à la hauteur. «Nous avions un objectif en 2014 de 200.000 m² de bureaux transformés en logements pour la mandature, nous aurons dépassé les 250.000 m², lui rétorque Ian Brossat, adjoint PCF chargé du Logement. Je ne vois pas bien ce que la droite peut nous reprocher en la matière.» Il n’oublie pas de tacler au passage la proposition de l’opposition de réduire drastiquement le compte foncier dédié au rachat d’immeubles, ce qui, selon lui, compliquerait encore la donne.

Une chose est sûre: ce type de transformations de bureaux en logements ne peuvent se faire qu’avec une solide volonté politique, car l’équation économique est difficile à trouver. «Actuellement, même avec les bonus de constructibilité accordés pour ce type d’opération par la loi Elan, les investisseurs privés ne s’intéressent pas à ce type d’opérations dans Paris», souligne Vincent Bollaert, directeur du département investissement de Knight Frank France. Avec des taux de vacance historiquement bas dans Paris et des loyers à la hausse, le bureau traditionnel est actuellement bien plus rentable. D’autant que les opérations doivent compter une proportion de logements sociaux qui viennent encore alourdir la facture. Pour ce spécialiste, ce genre d’opération trouve mieux sa place en proche région parisienne qui dispose d’immeubles de bureaux prêts à être transformés et où l’opération peut s’avérer rentable.

Source : Boursorama

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